Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 08:33
Les élections régionales de 2010 semblent avoir vu renaitre ce qui constituait un des piliers de la puissance communiste des années 1930 aux années 1980, le "vote rouge" du massif central. Celui-ci s'était effondré dans le Limousin et était en repli constant dans l'Allier, coeur de la puissance communiste en Auvergne.

Dans le premier cas, le repli était intervenu dès les années 1980 avec le départ des partisans de Marcel Rigout du PCF pour former l'ADS (Alternative-Démocratie-Socialisme). La gauche radicale était donc toujours présente, surtout en Haute-Vienne, mais n'était plus favorable à un PCF jugé trop passéiste.
Dans l'Allier, le déclin est plus récent. L'effritement est entamé dès les années 1980 mais c'est surtout le départ d'André Lajoinie, député charismatique et candidat à la présidentielle en 1988, et  de Pierre Goldberg, député et maire de Montluçon, qui ont affaibli le PCF au début des années 2000. Il détient toujours le conseil général  et a gagné un siège de sénateur mais n'a plus de mairie importante ni de député.
Les élections européennes de 2009 sont venues se greffer sur ce paysage communiste morcellé et ont apporté un premier renouveau. La dynamique du Front de Gauche avait permis à la candidate communiste Marie-France Beaufils, pourtant élue dans la région Centre, de dépasser les 10 % des exprimés dans l'Allier (en repli par rapport à 2004) et surtout en Corrèze et en Haute-Vienne (en progression). Le Front de Gauche abordait donc les élections régionales dans une position dynamique, après le succès des européennes (plus de 10 % dans le Limousin).

Auvergne
En Auvergne, porté par le député du Puy-de-Dôme André Chassaigne, le FdG obtient au premier tour 14,24 % des suffrages exprimés (9,5 % en 2004). Les résultats détaillés montrent un début de recomposition du vote communiste dans la région. Le bastion traditionnel du PCF, l'Allier, n'est plus la zone de force principale du Front de Gauche. Avec 13,79 % des voix André Chassaigne y est même en repli par rapport à son résultat de 2004. Il progresse au contraire en Haute-Loire et dans le Cantal où il dépasse 5 % des exprimés (respectivement 6,52 % et 5,86 %). Surtout, le point de force du vote Chassaigne devient le département du Puy-de-Dôme où il obtient 19,71 % contre 9,54 % en 2004.
Cette évolution est de taille : l'effritement du vote communiste dans l'Allier se poursuit, même si celui-ci reste à des niveaux élevés; le vote FdG se recentre dans le Puy-de-Dôme et progresse dans les régions de plateau et de  montagne du Cantal et de Haute-Loire. Cette progression massive, malgré la baisse de la participation, se traduit surtout dans les campagnes. On a bien un vote rural hostile à la compression des services publics (hôpital, la poste, éducation...) et à l'abandon des campagnes par le pouvoir (rappelons que le revenu agricole a baissé en moyenne de moitié depuis 2008, particulièrement pour l'agriculture de montagne), qui se porte de nouveau sur un candidat communiste.
La personnalité d'André Chassaigne a également joué une rôle important : populaire et connu dans la région, il obtient des résultats particulièrement élevés dans sa circonscription (plus de 40 % dans la ville de Thiers, pourtant peu portée à gauche).
Dans le département de l'Allier, les résultats sont moins encourageants : c'est le seul bémol à cette victoire. Le vote communiste dans le bocage bourbonnais reste stable. Il poursuit toutefois son déclin dans le bassin ouvrier de Montluçon : le PCF est désormais assez largement distancé par le PS et ne peut plus prétendre à la domination de la gauche pour la reconquête de la ville, qu'il a dirigé de 1977 à 2001.

Limousin
Le Limousin présente une configuration un peu différente. La tête de liste Christian Audouin, bien que reconnu pour son travail de conseiller régional, n'y avait pas la dimension charsimatique et le poids d'André Chassaigne en Auvergne. La liste était également différente : le Front de Gauche était ici élargi au NPA d'Olivier Besancenot.
Avec 13,13 % des suffrages exprimés au premier tour, l'attelage FdG-NPA réalise un bon résultat au regard du ceux du seul FdG aux européennes. Ils restent toutefois en retrait par rapport à ceux cumulés des deux formations en juin 2009 (17 %). Comme partout en France, le repli du NPA est net et c'est clairement l'électorat du FdG qui a porté la dynamique de la liste au premier tour.
La liste menée par Christian Audouin obtient son meilleur résultat en Corrèze, où le PCF a conservé une meilleure implantation (14,13 %). Suivent la Haute-Vienne (12,67 %) et la Creuse (12,40 %).  Ces résultats encourageants sont là encore plutôt portés par les campagnes. Avec 11,06 % des voix à Limoges, le FdG réalise un très bon résultat toutefois en retrait sur ses moyennes départementales et régionales. On retrouve ce schéma dans la plupart des villes de la région.
Le vote rural est donc comme en Auvergne le pilier du renouveau du vote "rouge" dans le Massif central. La thématique de la casse du service public et du soutien à l'agriculture ont également marqué la campagne électorale, plus que les grands chantiers comme la LGV Poitiers-Limoges portée par le PS.

L'histoire aurait pu s'arrêter là mais, en rejettant le candidat NPA en Haute-Vienne et en voulant briser la solidarité de la liste, le PS a empêché toute fusion entre les deux listes et contrait le FdG à se maintenir au deuxième tour (cas unique en France). Ce maintien a clairement profité au FdG qui progresse fortement entre les deux tours et gagne plus de 20 000 voix (équivalant à la totalité de la hausse de la participation entre le premier et le second tour !). Elle  atteint 19,10 % des suffrages exprimés. La progression est particulièrement forte en Haute-Vienne, où le PS avait refusé la fusion, où le FdG culmine à 21,47 % des voix (+9 points), mais également perceptible en Corrèze (17,35 %, +3 points) et dans la Creuse (16,18 %, +4 points).
La carte suivante montre bien le différentiel entre les deux tours :

limousin.gif

Le vote rural en faveur du FdG est renforcé par l'attitude du PS : une partie de l'électorat PS et EE, proche dans cette région de la tradition du vote rouge et radical qui avait alimenté la puissance du PCF pendant plus de 50 ans, s'est de nouveau portée sur la gauche radicale, en l'occurence le FdG. Celui-ci réalise quelques résultats impressionnants dans certaines villes (27 % à Rilhac, Ambazac et au Palais-sur-Vienne, 23 % à Rochechouart et Saint-Junien) dont un 20 % à Limoges, du jamais vu depuis les années 1970.
La hausse de la participation ne dessert donc pas le FdG : contrairement a ce qu'affirment nombre d'analystes, ses listes ne sont pas fortes en cas de faible participation car son électorat serait surmobilisé. On voit bien dans ce cas la marge de progression qu'il conserve chez les abstentionistes voire les électeurs d'autres listes de gauche.
La dynamique d'union de la liste FdG-NPA a incontestablement joué dans le succès de celle-ci au deuxième tour par rapport à un PS diviseur. La tradition de gauche de cette région est également importante pour comprendre la facilité du déplacement des voix en faveur de la gauche radicale.

Au terme de ces régionales, on peut donc dire que le pari du FdG est pleinement réussi dans ces deux régions. Il a su capter l'électorat communiste traditionnel et l'élargir dès le premier tour en Auvergne, au second dans le Limousin. Le FdG représente désormais la troisième force politique française dans ces deux régions, c'est dire s'il faudra compter avec dans les années à venir.
L'enjeu pour les militants et les élus locaux est désormais de fidéliser dans la durée cet électorat encore composite (anciens communistes, socialistes, abstentionistes, ruraux...) et de lui proposer un projet commun et porteur.
Par Alexandre - Publié dans : Elections - Communauté : Politique française
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Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 18:55
Avec 6,55 % des suffrages exprimés au premier tour, le Front de Gauche mené par Pierre Laurent, coordinateur national du PCF, a passé en région parisienne la barre des 5 % lui permettant de fusionner, d'obtenir des élus et de se faire rembourser les frais de campagne. Le résultat est même légèrement en hausse par rapport à celui des européennes de juin 2009 durant lesquelles Patrick Le Hyaric avait obtennu 6,32 % des voix (la participation est relativement stable, passant de 42 % à 43 % entre les deux scrutins). En apparence donc, tout va bien pour le Front de Gauche en région parisienne. Plusieurs éléments sont toutefois inquiétants pour l'avenir plus ou moins proche du PCF.

D'abord, le Front de Gauche ne décolle réellement que dans deux départements, Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis, où il représente plus de 10 % des exprimés. Il obtient également un résultat intéressant à Paris avec 6,1 %, en net progrès sur les européennes (il fait même une pointe à 10,5 % dans le 20°) et même les régionales de 2004.
Les résultats sont déjà plus inquiétants dans les autres départements. Dans les Yvelines, le Front de Gauche reste marginalisé avec à peine 3,5 % des suffrages. Dans le Val-d'Oise comme en Seine-et-Marne il passe péniblement la barre des 5 % et culmine à 6,5 % dans l'Essone. La grande couronne est donc un espace où le Front de Gauche ne parvient pas à émerger de manière significative. Il reste très loin derrière le PS et EE à gauche, mais aussi le FN et l'UMP.

Surtout, la question de l'abstention tend à devenir existentielle pour le Front de Gauche. On sait que celui-ci s'appuie prioritairement sur l'électorat communiste classique qu'il élargit à d'anciens électeurs socialistes, des militants associatifs et syndicaux... Hors, la participation est particulièrement faible dans les départements où le PCF était puissant. Elle est ainsi de 36,8 % en Seine-Saint-Denis (24 points de moins qu'en 2004) et de 42,90 % dans le Val-de-Marne (21 points de moins qu'en 2004), soit des taux inférieurs aux moyennes nationale et régionale et des baisses plus élevées depuis les élections de 2004.
L'abstention touche particulièrement fortement les cités dans les villes de banlieue, autrefois les espaces où le PCF obtenait ses meilleurs résultats. Dans nombre de cités on a ainsi plus de 80 % d'abstention : celle-ci est la norme et non ponctuelle. Cette tendance de fond, visible depuis les années 1980, a ainsi été amplifiée par les dernières élections. La conséquence de ce mouvement est que le Front de Gauche connait des résultats désastreux dans la plupart des mairies communistes de banlieue.
La comparaison avec 2004 permet de montrer l'ampleur du reflux. Voici deux cartes présentant les résultats  pour la petite couronne de la liste de Marie-George Buffet en 2004 (7,2 % et 260 000 voix dans la région) et ceux de Pierre Laurent en 2010 (6,5 % et 190 000 voix).

Regionales-2004.GIF


Dans les deux villes de plus de 100 000 habitants qu'il a dirigées de 1935 à 2001 (Argenteuil) et 2008 (Montreuil), le PCF fait ainsi respectivement 8,5 % et 18,5 % des exprimés, représentant seulement 3 % et 7 % des inscrits. Dans ces deux villes il est dépassé par ses partenaires de gauche, PS et EE.
Pour les villes de plus de 50 000 habitants, le constat est plus inquiétant encore. Le Front de Gauche n'obtient la première place que dans deux villes du Val-de-Marne (Ivry et Champigny) et une seule de Seine-Saint-Denis (Le Blanc-Mesnil, ville de Marie-George Buffet). Il y représente entre 21 % et 27 % des exprimés mais de 7 % à 11 % des inscrits, avec des taux d'abstention supérieurs à 60 % dans les trois cas.
Le Front de Gauche est dépassé par le PS dans toutes les autres grandes villes de banlieues dirigées par le PCF (Villejuif, Vitry, Fontenay, Nanterre, Saint-Denis). La banlieue rouge ne joue donc plus massivement son rôle de réservoire de voix pour les listes soutenues par le PCF. Celui-ci y obtient des résultats supérieurs à la moyenne mais en repli. Surtout, la forte abstention rend ces résultats moins importants à l'échelle de la région. Il obtient ainsi plus de suffrages à Paris (34 000 voix) que dans toutes les villes de plus de 50 000 habitants qu'il dirige en Ile-de-France (24 000 voix). Les résultats de Saint-Denis et Nanterre (5% des inscrits, 15 % des exprimés), sont particulièrement alarmants.
Regionales-2010.GIF

Enfin, la catégorie des villes de plus de 20 000 habitants présente également des résultats inquiétants. Le Front de Gauche ne vire en tête que dans deux mairies communistes de banlieue : Malakoff et Gennevilliers où il culmine à 34 % des suffrages exprimés (16 % des inscrits). Il est en revanche dépassé par le PS dans toutes ses autres mairies de banlieue :
- Bagneux dans les Hauts-de-Seine
- Bezons dans le Val-d'Oise
- Morsang-sur-Orge et Grigny dans l'Essonne
- Roissy-en-Brie et Champs-sur-Marne en Seine-et-Marne
- Villeneuve-Saint-George et Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne
- Bagnolet, Saint-Ouen, Bobigny, La Courneuve, Tremblay, Stains et Villepinte en Seine-Saint-Denis
Ces résultats sont ainsi inquiétants dans la perspective des prochaines élections locales tant la supériorité du PCF dans ces villes semble remise en question. Par rapport aux régionales de 2004, l'évolution est sans appel. Le PCF dépassait alors 20 % des exprimés dans 19 de ses mairies de banlieue et culminait à plus de 30 % à Stains. Il ne dépasse désormais 20 % que dans 8 mairies et 30 % qu'à Gennevilliers.

Le recul est particulièrement brutal en Seine-Saint-Denis puisqu'il n'émerge plus qu'au Blanc-Mesnil, et est cantonné entre 10 % et 20 % dans la plupart des grandes villes du département. Conséquence, le résultat du PCF dans ce qui fut son département symbole recule de 14 % à 11 % des exprimés et surtout de 50 000 à 29 000 voix, soit très précisément 4 % des inscrits.

AInsi, les résultats du Front de Gauche ne sont pas mauvais en termes de pourcentage des exprimés, même s'ils enregistrent une légère érosion depuis 2004 (de 7,2 % à 6,6 %). Le constat est plus alarmant en pourcentage des inscrits. La montée en puissance régulière de l'abstention depuis 20 ans dans l'électorat communiste de banlieue a désormais des conséquences profondes. Cet électorat est durablement dépolitisé et éloigné des urnes. Le PCF doit désormais repenser sa manière d'organiser et de défendre ces populations contre le libérlisme effréné, sous peine de disparaitre de ces territoires qui sont ses fiefs historiques. Il peut s'inspirer de la réussite relative de certaines communes comme Malakoff ou Ivry, où l'abstention reste relativement contenue (moins de 60 %). Il doit surtout porter au niveau national un espoir de transformation et amener son projet au coeur des cités pour espérer reconquérir cet électorat populaire qui lui échappe désormais en grande partie, au profit d'autres partis de gauche comme le PS et surtout au profit d'une dépolitisation croissante des milieux populaires.
Par Alexandre - Publié dans : Elections - Communauté : Politique française
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 20:15

Je fais ici une analyse du bilan national que l'on peut tirer des résultats du Front de Gauche (FdG) au premier tour des élections régionales de mars 2010. Je détaillerai plus tard au niveau des régions.

 

La première remarque est que le FdG est en progression par rapport aux résultats des européennes de juin 2009, la seule élection à laquelle il avait jusque-là participé. Il avait en effet alors obtenu 1,04 million de voix au niveau national contre 1,13 million aux élections régionales. Cette hausse limitée en nombre de voix se traduit par une baisse en pourcentage des exprimés de 6,05 % à 5,84 %. Dans les deux cas, il faut relativiser les chiffres puisque la participation, bien qu'exceptionnellement faible pour des régionales, était supérieure à celle des européennes (de 40,6 à 46,3 % de votants). Surtout, les résultats du FdG aux régionales obtenus sur 17 régions (22 en métropole) sont rapportés aux chiffres nationaux, ce qui sous-estime clairement le poids de l'alliance dans les régions où elle était présente.

 

Régionales 2010 (1)

 

Voici les résultats détaillés du Front de Gauche, représentés sur la carte ci-dessus :

Plus de 10 % : Auvergne (14,24 %), Nord-Pas-de-Calais (10,78 %), Corse (10,02 %) et Limousin, en alliance avec le NPA (13,13 %).

Plus de 5 % : Haute-Normandie (8,39 %), Centre (7,53 %), Midi-Pyrénées (6,91 %), Ile-de-France (6,55 %), Rhône-Alpes (6,31 %), PACA (6,11 %), Aquitaine (5,95 %), Picardie (5,35 %) et enfin Languedoc-Roussillon (8,59 %) et Pays-de-la-Loire (5,00 %) en alliance avec le NPA.

Moins de 5 % : Poitou-Charentes (4,66 %), Franche-Comté (4,05 %) et Alsace (1,86 %).

 

Régionales 2010 (3)

 

Au niveau des départements, on peut tirer plusieurs constats.

Le Front de Gauche dépasse la barre des 10 % dans 11 départements (2 de plus qu'aux européennes) et dépasse les 15 % dans le Puy-de-Dôme (aucun aux européennes). A l'inverse, il ne dépasse plus les 7,5 % que dans 13 départements (20 aux européennes). Les résultats des départements où il fait moins de 7,5 % sont stables.

Ce mouvement contradictoire a une double signification. On a d'une part un renforcement de l'électorat Front de Gauche dans les anciennes zones de force du PCF, qui apparaissent plus nettement qu'aux européennes sur la carte. Les marges septentrionales et occidentales du massif central apparaissent ainsi particulièrement renforcées, mais ce mouvement se retrouve également dans le Nord et le Pas-de-Calais. On doit ici noter l'exception de la région parisienne où les résultats sont en baisse par rapport à juin 2009 (voir la carte n°3). Je reviendrai plus en détail sur cette situation dans l'article à venir su l'Ile-de-France.

D'autre part, on constate bien à partir de la carte n°3 (ci-dessous), que le Front de Gauche régresse dans le Sud-Ouest par rapport aux européennes de juin. Cela se traduit dans la baisse du nombre de départements où il dépassait 7,5 %. On peut expliquer ce reflux par l'absence de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui avait pu en 2009 convaincre des électeurs socialistes et créer une dynamique que l'on a pas retrouvée aux régionales.

L'électorat du Front de Gauche est donc plus identifié et plus concentré géographiquement qu'aux européennes. S'il a perdu chez les anciens socialistes, il a incontestablement progressé dans l'électorat rural protestataire traditionnel.

 

Régionales 2010 (4)

 

La carte n°3 représente les fluctuations du vote FdG entre européennes et régionales.

Le cas des trois régions où le FdG se présentait en alliance avec le NPA doit appeler une explication spécifique. Contrairement aux attentes, les résultats n'y sont pas bons, en-dehors du Limousin. Surtout dans l'ensemble des départements concernés le FdG élargi des régionales obtient moins que les votes cumulés du NPA et du FdG aux européennes (5 % contre 8,8 % en Pays-de-la-Loire, 13,13 % contre 16,94 % dans le Limousin). Pire, l'alliance FdG-NPA obtient même moins aux régionales dans le Languedoc que le seul FdG aux européennes : 8,59 % contre 9,15 %auxquels il faut ajouter les 5,78 % du NPA.

Indéniablement, ce résultat doit appeler une réflexion : est-il réellement souhaitable de rechercher l'alliance avec le NPA ? Cette alliance ne présente-t-elle pas le risque d'éloigner une partie de l'électorat du FdG (la plus gestionnaire) et de celui du NPA (la plus radicale) ?

 

Plus largement, on peut constater que le FdG progresse dans ses zones de force et tend à régresser dans ses zones de plus grande faiblesse où son électorat est plus volatile (Charente-Maritime, Franche-Comté...). Le cas du grand Sud-Ouest (Aquitaine, Midi-Pyrénées) a déjà été évoqué. Dans la Somme et l'Aisne, le recul s'explique par la candidature dissidente de Maxime Gremetz. Enfin, le cas de la côte méditerranéenne et de l'Ile-de-France semble plus inquiétant puisque le FdG y recule, en partie à cause de la montée de l'abstention dans l'électorat populaire. Je développerai tous ces éléments dans plusieurs billets détaillés sur les régions.

Par Alexandre - Publié dans : Elections - Communauté : Politique française
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 09:34
A l'approche des élections régionales, il est légitime de tirer un premier bilan de l'action du PCF depuis les élections européennes de l'an dernier. Après des tensions importantes, internes et avec ses partenaires, et des négociations parfois difficiles pour la composition des listes (plus que sur les aspects programmatiques relativement consensuels), le Front de Gauche a finalement été reconduit avec le PG et la GU, mais surtout élargi à de nouveaux mouvements : Alternatifs, Mouvement Politique d'éducation populaire, Fédération et divers groupements locaux.
Le PCF, après une consultation interne de ses adhérents, a finalement choisi de se présenter aux élections avec le Front de Gauche dans 17 régions. Il ne maintient une alliance avec le PS au premier tour que dans cinq régions métropolitaines. Au sein même des régions où la majorité des adhérents a décidé de s'allier avec le PS au premier tour, le désir d'unité est si fort que nombre de militants participent malgré tout à des listes Front de Gauche. C'est notamment le cas en Bretagne et en Lorraine.
Pour bien mesurer le renversement par rapport à 2004 il faut souligner que le PCF faisait alors alliance partout avec le PS, sauf dans huit régions : Alsace, Aquitaine, Auvergne, Franche-Comté, Corse, Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais et Picardie. Marqué par le désastre électoral de la présidentielle de 2002, il avait privilégié l'unité avec les socialistes pour conserver le maximum d'élus.
Contrairement à ce que peuvent dire les médias dès qu'ils parlent du PCF (quand ils parlent de lui !), celui-ci est donc très loin d'être un parti mort ou "supplétif du PS". En effet, les élections régionales étaient les seules dans lesquelles le PCF faisait primer une alliance avec le PS par rapport à son autonomie. Ce n'est désormais plus le cas.

Le PCF a donc confirmé l'union lancée pour les européennes et a démontré que son désir d'unité ne se limitait pas à une simple alliance électorale ponctuelle puisque ce choix pour les régionales va probablement l'amener à perdre des élus. Il dispose en effet de plus de 200 sortants et il est peu probable qu'il puisse obtenir un tel nombre d'élus cette année, d'autant plus qu'il faut partager les éligibles avec les alliés. Selon les estimations, le PCF pourrait perdre la moitié de ses élus régionaux, ce qui démontre la difficulté du choix qu'il a eu à faire en faveur de l'unité. On ne peut pas en dire autant du NPA qui se complait dans le radicalisme et l'isolement, à l'exception notable et salutaire des régions Languedoc-Roussillon, Limousin et Pays-de-la-Loire.

De manière contradictoire, le Front de gauche peut gagner des électeurs par rapport au PCF en 2004  mais risque de perdre des élus. Si l'on regarde les élections de 2004, on peut tirer constater que le PCF s'était présenté en autonome principalement dans ses régions de force (Auvergne, Corse, Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais et Picardie), et ponctuellement dans des régions où un accord satisfaisant avec le PS n'avait pu être trouvé (Alsace, Aquitaine, Franche-Comté). Les résultats du PCF traduisaient cette disparité comme le montre la carte suivante :

Regionales-2004--1-.GIF
Résultats des listes communistes (par département) aux élections régionales de 2004

La carte montre bien que le PCF avait obtenu de bons résultats dans ses zones de force : bassin minier du Nord, Picardie, marge Nord du massif central, Est de la banlieue parisienne. Les résultats par région montrent bien que le redressement après la présidentielle de 2002 était très différencié :
Picardie : 10,86 %
Nord-Pas-de-Calais : 10,68 %
Auvergne : 9,20 %
Ile-de-France : 7,20 %
Corse : 6,62 %
Aquitaine : 4,35 %
Franche-Comté : 4,18 %
L'Alsace est un cas à part puisque le PCF s'y était présenté avec le MRC et le PRG et avait obtenu 3,73 %.

La comparaison avec les élections de 2010 parait donc difficile. Le PCF n'est plus en dynamique de repli après 2002 mais dans une phase de reprise après le succès relatif du Front de Gauche aux européennes de 2009. Il n'est plus majoritairement allié au PS et minoritairement autonome, mais largement partie prenante du Front de Gauche et à la marge allié avec le PS.
Les élections régionales de 2010, sur lesquelles nous reviendront après les résultats, présentent désormais un enjeu majeur pour le PCF. Il s'agit d'abord de confirmer les résultats encourageants de juin 2009 après avoir renouvelé le Front de Gauche. Derrière se jouent des enjeux plus larges. Si l'alliance PCF/PG (pour les principaux partis) confirme et améliore ses résultats, la question de la position du NPA et celle de la présidentielle de 2012 ne manqueront pas de se poser.
Encouragé par de bons résultats, le PCF pourrait souhaiter poursuivre la dynamique unitaire aux présidentielles (il l'a déjà fait en 1965 et 1974 derrière François Mitterrand au premier tour) et soutenir un candidat unique. Un tel succès pourrait également pousser un NPA marginalisé par son isolement à intégrer la dynamique unitaire (même s'il semble peu probable qu'Olivier Besancenot soit prêt à soutenir un autre candidat que lui en 2012).
Ces élections peuvent donc s'avérer déterminantes pour la recomposition à gauche. Le PS semble reprendre son leadership et la dynamique d'Europe Ecologie ne semble pas vraiment devoir se poursuivre aux régionales (le mouvement décline régulièrement dans les sondages). La question posée est donc bien celle de l'émergence à gauche d'un nouveau pôle, dynamique et pourquoi pas majoritaire à terme, qui pourrait contribuer à la recomposition du champ politique et à l'alternative à Nicolas Sarkozy.
Par Alexandre - Publié dans : Elections - Communauté : Politique française
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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 16:44
Les Bouches-du-Rhône sont aujourd'hui le département de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur où le PCF est le mieux implanté. Les communistes sont puissants de longue date dans ce département ouvrier. En 1981, les Bouches-du-Rhône sont ainsi le seul département métropolitain avec la Seine-Saint-Denis à placer le communiste Georges Marchais en tête du premier tour de l'élection présidentielle.

Les députés
Depuis, si le poids des communistes a diminué, ils restent très présents. Le PCF compte encore 3 des 16 circonscriptions en 1988 (Marseille 8° secteur, Istres-Martigues et Aubagne-La Ciotat) contre tout de même 7 sur 11 en 1978. Le déclin des années 1980 a donc été très prononcé au niveau des législatives.
Les législatives de 1997 voient l'influence des communistes remonter légèrement puisqu'ils prennent la circonscription de Gardanne au RPR, qui vient s'ajouter aux trois de 1988 (dont deux ont été perdues en 1993 et reconquises en 1997). Les années 2000 marquent cependant une nouvelle étape dans le déclin du PCF qui perd deux députés en 2002 (Aubagne et Gardanne), et encore un en 2007 (Marseille 8° secteur, siège qu'il détenait sans interruption depuis 1958). Le dernier député communiste des Bouches-du-Rhône est donc Michel Vaxès élu dans la circonscription de Martigues.


Au niveau local, il faut distinguer l'évolution du PCF à Marseille même et dans le reste du département.

A Marseille
Le PCF a connu un déclin très marqué dans la deuxième ville française. Elle a longtemps été parmi les plus grandes villes de France celle qui lui offrait ses meilleurs résultats. Le PCF a même détenu la mairie de 1946 à 1947. Jusque dans les années 1960 le PCF obtient couramment plus de 30 % des suffrages dans la cité phocéenne, alors même que ses résultats nationaux tournent autour de 20-25 %.
La désindustrialisation de la ville à partir des années 1970 a entrainé un premier déclin, matérialisé en 1981 par la perte de 3 des 4 sièges de députés que le PCF détenait dans la ville, essentiellement au profit du PS. Les mutations sociologiques et urbaines réduisent la sociabilité ouvrière et populaire sur laquelle le PCF fondait sa puissance. Privé de ses matrices de recrutement, isolé et minoritaire, le PCF marseillais perd ses points d'appuis.
Les années 2000 achèvent ce processus de déclin acceléré du Parti : le dernier député communiste perd son siège en 2007 dans le fief que constitue pourtant le 8° secteur. En 2008, le PCF perd à la fois la mairie du 8° secteur et les deux cantons qu'il détenait encore : il est désormais totalement éliminé des postes électifs de Marseille, à l'exception de sièges de conseillers municipaux et d'adjoints dans les mairies de secteur.
Le repli communiste est matérialisé par ses résultats aux élections cantonales :

Résultats du PCF aux élections cantonales à Marseille.

On le voit, le PCF est présent dans l'ensemble de la ville (qui a conservé un caractère populaire, plus que Paris et Lyon à des échelles comparables). Son influence est cependant marginalisée (moins de 10 %), hormis dans son fief du 8° secteur (cantons de Verduron, Saint-Mauront et Notre-Dame-Limite) où il est néanmoins en net recul.


Dans le reste du département
L'évolution récente du PCF est plus contrastée dans le reste des Bouches-du-Rhône. Suivant une évolution nationale de déclin, il a quasiment disparu (ou est du moins marginalisé) dans de vastes secteurs : le pays d'Aix-en-Provence, la région de Tarascon et plus généralement le nord du département, moins urbanisé.
Il conserve en revanche des zones de force très vivaces dans quelques fiefs et plus généralement une influence non négligeable à Arles, dans la région de l'Etang de Berre, dans les communes du pourtour de Marseille et le pays minier autour de Gardanne. Cette influence morcelée apparaît sur la carte n°2 :



Résultats du PCF aux élections cantonales dans les Bouches-du-Rhône

Comme pour les autres départements que j'ai présenté, l'importance de la détention de municipalités apparait sur cette carte. On constate que le PCF obtient ses meilleurs résultats à Arles, Martigues et Aubagne, qui sont également ses mairies les plus importantes du département. Dans une moindre mesure, cette influence est perceptible à Port-Saint-Louis, Gardanne et Les Pennes-Mirabeau. On constate également la persistance d'une influence résiduelle du PCF dans ses anciennes zones de force : le pays minier avec Trets, les chantiers navals à La Ciotat et le pays rouge de la région de Châteaurenard et Orgon.
Encore présent dans les élections, le Parti communiste ne conserve plus que six conseillers généraux à Arles et Aubagne Ouest, Gardanne, Port-Saint-Louis et dans les deux cantons de Martigues.

La troisième carte représente les municipalités communistes du département.



Mairies communistes des Bouches-du-Rhône

On voit que l'influence du PCF est encore importante à cet échelon puisqu'il détient trois des cinq plus grandes villes du département (Arles, Martigue, Aubagne), les deux plus importantes revenant à l'UMP (Marseille et Aix). Au total, il conserve 12 villes de plus de 3 500 habitants et une commune de moins de 3 500 habitants. Cette force locale s'est traduite en 2008 par la reconquête de Port-Saint-Louis (9 000 habitants), perdue en 2001, et la réélection de la totalité des 12 maires sortants.

Puissant au niveau local, le PCF est donc nettement affaibli au niveau national bien que toujours présent. Les dernières élections ont toutefois été encourageantes, et laissent espérer un retournement de situation si le PCF parvient à conforter la dynamique nationale retrouvée lors des élections européennes.
D'abord, des élections locales partielles ont montré que le PCF conservait une capacité de conquête là où il n'est pas élu (plus de 40 % des votants au premier tour de l'élection municipale partielle de Saint-Mitre les Remparts en mars 2009, remportée au 2° tour par le maire sortant UMP) ou du moins un poids important (11 % à la cantonale partielle de Vitrolles en novembre 2009).
Surtout, les listes du Front de gauche sont parvenues à émerger dans les Bouches-du-Rhône lors des élections européennes : 8,72 % et plus de 40 000 voix, soit le meilleur résultat régional (PACA) et un des meilleurs de la circonscription Sud-Est. Les élections régionales seront ici déterminantes pour confirmer cette tendance.
Par Alexandre - Publié dans : Géographie électorale - Communauté : Politique française
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