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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 17:25
Alors que le second tour des élections municipales partielles se tient demain, retour sur un conflit vieux de trente ans, et sur une histoire municipale qu'il faut faire remonter aux années 1950.
En 1951, la fusion des deux communes de Corbeil et d'Essonnes fait naitre une petite commune de grande banlieue : Corbeil-Essonnes. La ville compte alors 22 000 habitants et forme la ceinture extérieure de la banlieue parisienne. Corbeil est depuis la fin du XIX° siècle une ville industrielle, et offre rapidement de bons résultats au PCF. Celui-ci sort renforcé de la Seconde Guerre Mondiale et renforce partout la "ceinture rouge" de la capitale. C'est dans ce contexte qu'intervient la conquête de 1959.
Conseiller municipal depuis 1947, Roger Combrisson l'emporte face au maire SFIO sortant, Georges Goudin. Elu maire, il va contribuer à façonner le visage de cette ville de grande banlieue qui connaît une importante hausse de sa population. Elle passe ainsi de 22 000 à 39 000 habitants entre 1954 et 1975, notamment avec la construction de logements sociaux dont le grand ensemble des Tarterêts à partir de 1961. L'emprise du PCF sur la ville se renforce jusque dans les années 1970, l'union de la gauche la portant à des sommets jamais atteints. En 1977, Roger Combrisson réunit ainsi dès le premier tour plus de 65 % des suffrages. Cette année voit également la première présentation de Serge Dassaut à une élection municipale. Bien que battu, il décide de s'installer dans la durée.
Commence alors l'histoire d'un combat qui oppose pendant trente ans les communistes et le milliardaire. En 1983, candidat du RPR ce-dernier obtient plus de 47 % des voix. Un premier coin de la citadelle est enfoncé en 1988 lorsqu'il s'empare du canton de Corbeil-Essonnes Est au détriment du PCF. Dans un contexte national (depuis les élections législatives de 1978) et local de reflux de la banlieue rouge et du communisme municipal, le PCF recule fortement à Corbeil. Le basculement intervient finalement en 1995.
Après le retrait de Roger Combrisson, remplacé en 1992 par Marie-Anne Lesage, le PCF perd la ville au deuxième tour avec moins de 45 % des suffrages exprimés. Cette même année, il connaît un revers sans précédent dans le département de l'Essonne avec la perte de Palaiseau, Etampes et Saint-Germain-lès-Arpajon. Marginalisé dans le département, exclu de la mairie de son fief historique, le PCF qui avait dominé totalement le département (il obtient en 1976 la présidence du conseil général et en 1978 les quatre sièges de députés) parait menacé de disparition à court terme.
S'il ne parvient pas à redresser la barre dans le reste du département, il conserve en revanche ses positions à Corbeil. Le candidat communiste Bruno Piriou, ancien membre du cabinet de Roger Combrisson, est élu conseiller général dans le canton de Corbeil-Essonnes Ouest en 1998. Porté par une volonté de changement en 1995, Serge Dassaut voit sa situation fragilisée. C'est alors que nait le système condamné par le Conseil d'Etat en 2008 d'achat systématique d'électeurs et de subventions à des associations proches de la majorité.
Battu dès le premier tour en 2001 (19,5 % des voix contre 51,6 % à Serge Dassault), Bruno Piriou s'inscrit dans la durée. Porté par la vague nationale du succès de la gauche, le PCF réaise un très bon résultat en 2008. Avec 31 % des suffrages, il devance le socialiste Carlos Da Silva (premier secrétaire fédéral et proch de Manuel Valls) de plus de dix points. Majoritaire en voix, la gauche peut espérer l'emporter au second tour. Elle est finalement battue sur le fil avec 125 voix de retard.
Les résultats interrogent cependant le candidat communiste, battu dans des bureaux de vote qui sont habituellement très favorables à la gauche. Il dépose un recours devant la juridiction administrative et, après un patient travail de collecte, parvient à démontrer l'existence d'un véritable système d'achat des électeurs, qui sera sanctionné en juin par le Conseil. Victime d'une bourde dans ses comptes de campagne (il a oublié de compter la location d'une salle), il est cependant condamné à l'inéligibilité. L'élection partielle de la semaine dernière se tient donc  en l'absence des deux principaux protagonistes, ce dont souhaitent profiter le PS et les Verts.
Au soir du premier tour, ce sont pourtant les candidats communistes et UMP qui virent en tête. Avec respectivement 24 % pour le PC, 19 % pour le PS et 7 % pour les Verts, la gauche est virtuellement majoritaire à Corbeil. Unifiée avant le second tour autour de Michel Nouaille, candidat du PCF, elle se lance une nouvelle fois à l'assaut de la mairie de Corbeil.
Le symbole de cette banlieue industrielle, gérée pendant quinze ans par un milliardaire, de nouveau conquise par la gauche menée par le PCF, serait un symbole fort. Il rappelerait la puissance locale d'un Parti encore bien vivant, comme l'ont récemment montré les élections européennes.
Verdict dimanche soir.
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