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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 16:02

 

On se trouve dans ces trois régions dans le cas de fiefs historiques du vote communiste des années 1930 à 1970, qui ont connu une forte montée du vote FN dans les années 1980 et 1990 (à l'exception de la Corse) et un déclin associé du PCF. Le PCF se trouvait à la veille des régionales dans une situation contrastée. Il était dans une dynamique positive en Corse et en Languedoc après les résultats positifs obtenus aux européennes (respectivement 9,47 % et 9,15 % des suffrages exprimés) mais devait faire face à une situation plus moyenne en Provence (6,57 % aux européennes) bien qu'en hausse par rapport à 2004. Les enjeux des régionales étaient donc de confirmer les bons résultats de juin 2009 en vue de fidéliser dans la durée l'électorat et de renouer avec la tradition du vote rouge des régions méditerranéennes, où le PCF conservait quelques beaux restes au niveau local.

Le FdG se présentait aux électeurs seul en Provence et en Corse (où la liste était d'ailleurs à forte dominante communiste) et en alliance avec le NPA dans le Languedoc. Les résultats des élections régionales ont montré des perspectives contrastées pour le FdG, inquiétantes en Provence et dans le Languedoc mais positives en Corse.

 

Corse

La Corse est de loin la région donnant son meilleur résultat au FdG dans l'espace méditerranéen avec 10,02 % des suffrages exprimés, en hausse sur les européennes de juin (9,47 %) et surtout sur les régionales de 2004 (8,30 %). La tête de liste, Dominique Bucchini (PCF) a joué dans la dynamique puisqu'il s'agit d'une figure reconnue dans la région.

Ce résultat positif se répartit harmonieusement dans l'île, même s'ils sont légèrement meilleurs en Corse-du-Sud, département de Dominique Bucchini, (10,96 %) qu'en Haute-Corse (9,26 %). Les résultats ne révèlent pas de percée particulière dans les grandes villes (13,5 % à Bastia, 10,5 % à Ajaccio) si ce n'est à Sartène, ville dont M. Bucchini a été maire jusqu'en 2001 (31,5 %). Au final, le résultat du FdG dans l'île est relativement harmonieux et ne présenterait pas d'ombre s'il n'y avait pas eu de percée spectaculaire du vote nationaliste et autonomiste. Les deux listes autonomistes obtiennent d'ailleurs des résultats particulièrement élevés dans les grandes villes, notamment à Ajaccio où elles ont pu récupérer une partie du vote communiste traditionnel, au détriment donc d'une progression plus forte du FdG.

 

Languedoc-Roussillon

Avec 8,60 % des suffrages exprimés en Languedoc-Roussillon, le FdG allié au NPA a reculé non seulement par rapport à son résultat des européennes de juin 2009 (9,15 %) mais surtout au résultat cumulé du NPA et du FdG (14,93 % pour les deux listes). Plusieurs facteurs expliquent ce résultat décevant. D'abord, la tête de liste René Revol issue du PG ne bénéficiait pas du prestige personnel de Jean-Luc Mélenchon, qui avait animé la campagne des européennes. En outre, le président sortant Georges Frêche, bien qu'exclu du PS, bénéficiait d'une aura personnelle importante qui a pu étouffer la concurrence à gauche.

Cette possibilité semble d'ailleurs se vérifier si l'on observe les résultats des deux autres listes de gauche qui s'étaient opposées à Georges Frêche, Europe-Écologie (9,12 %) et la liste socialiste (7,74 %). Le président sortant obtenait quand à lui 34,28 % au premier tour et écrasait ses concurrents.

Le triple échec de la gauche anti-Frêche a été d'autant plus grave qu'aucune des trois listes n'a franchi la barre des 10 % des suffrages exprimés, empêchant toute fusion au second tour puisque ces listes avaient exclu de se rapprocher de Georges Frêche, dont elles critiquaient les pratiques et les propos (harkis, équipe de France...). La conséquence pour le FdG est que la liste n'a obtenu aucun élu alors que le PCF en comptait neuf après les élections de 2004 lors desquelles il s'était présentait en alliance avec le PS au premier tour.

 

D'autre part, le FdG n'a pas su conserver dans cette région à la tradition de gauche très marquée la part de l'électorat socialiste qu'avait su capter Jean-Luc Mélenchon aux européennes. Le FdG recule ainsi dans tous les départements. Il obtient des résultats compris entre 8,04 % (Aude) et 9,85 % (Gard) sauf en Lozère où il plafonne à 5,41 %. Ces résultats sont donc corrects, au-dessus de la moyenne nationale, mais dans une région où, compte tenu de la forte implantation communiste, le FdG aurait pu espérer dépasser les 10 % des suffrages au premier tour. Le résultat est particulièrement décevant dans le Gard où le FdG dépassait les 10 % aux européennes de 2009 et où le PCF compte encore 8 conseillers généraux, tandis que la FASE (composée de dissidents communistes) en détient 2.

Le contexte a sans aucun doute été un obstacle mais il ne faut pas non plus négliger la question de l'effritement du vote communiste et FdG dans la région, sur le long terme. Le Languedoc n'est en effet pas à l'abri d'une évolution comparable à celle du Var et des Alpes-Maritimes dans les années 1970-1980, avec un effondrement du PCF qui profite à la droite et à l'extrême-droite.

 

Provence-Alpes-Côte-d'Azur

Avec 6,11 % aux élections régionales, le FdG mené par Jean-Marc Coppola (PCF) obtient un résultat en léger reflux après les 6,57 % des européennes. Ce tassement en pourcentage s'explique par la hausse de la participation, la progression du FdG étant moindre que la hausse de la participation entre les deux élections.

Ce résultat régional cache de très fortes disparités au niveau des départements et plus encore au niveau local. Le FdG est d'abord marginalisé dans deux départements où le PCF a connu un fort déclin tant en terme de voix qu'en terme d'élus. Il s'agit des Alpes-Maritimes où il obtient 4,81 % des suffrages exprimés au premier tour, et du Var (4,49 %). La faiblesse du FdG s'explique par l'absence d'ancrage local communiste, le PCF ne conservant qu'une seule mairie importante dans le Var (Brignoles en fait reprise en 2008 par l'ancien maire) et aucune dans les Alpes-Maritimes. Le FdG connait en fait le sort plus large de toute la gauche dans des départements désormais très portés à droite en raison de la mutation du vote des pieds-noirs (du communisme vers le FN) et de l'arrivée de nouvelles populations plus âgées s'installant pour le climat et déstabilisant les équilibres politiques locaux.

Dans le Vaucluse, le FdG réalise 5,10 % des suffrages, et 5,69 % dans les Hautes-Alpes. La situation de ces départements est proche de celle des deux précédents, avec une faible implantation initiale du PCF qui explique en grande partie les difficultés d'implantation électorale du FdG.

Le cas des deux derniers départements est différent. Les Alpes-de-Haute-Provence offrent un résultat positif avec 7,54 % des suffrages exprimés pour le FdG au premier tour des régionales. C'est d'ailleurs le seul département de la région dans lequel le FdG progresse par rapport aux élections européennes. Ce résultat est obtenu en dépit d'une faible implantation locale du PCF depuis son reflux des années 1980. On peut l'expliquer par la force du vote de mécontentement contre la réduction des services publiques dans les vallées des Alpes provençale, en partie capté par le FdG.

Le résultat du FdG est culmine dans les Bouches-du-Rhône avec 7,97 % des suffrages exprimés. Cela s'explique d'abord par l'importance de l'ancrage local communiste (plusieurs mairies importantes dont Martigues, Aubagne et Arles, villes de plus de 40 000 habitants). De ce point de vue, le résultat du PCF est d'ailleurs relativement décevant, en repli sur les européennes (il obtenait alors 8,72 %). Ces résultats traduisent en fait une évolution différenciée entre Marseille où le PCF est marginalisé de manière croissante depuis la perte de son député et de la mairie du 8° secteur, et le reste du département où il semble se maintenir mais ne progresse pas.

 

Au final, les résultats du FdG dans ces trois régions sont contrastés. Les résultats sont au-dessus de la moyenne nationale en Languedoc et en Corse, mais en-deçà de ce que laissaient espérer les résultats des européennes (Provence et Languedoc). Il semble en fait que le FdG se heurte ici au déclin structurel des matrices traditionnelles du vote communiste (depuis les années 1980 en Provence, plus récemment en Languedoc) et à un certain renouveau de l'extrême-droite (22 % pour Jean-Marie Le Pen en PACA, 19 % pour France Jamet en Languedoc) ou des nationalistes en Corse (deux listes représentant 27 % au premier tour). Il doit donc partir lui-même à la conquête de sa propre assise locale à défaut d'hériter d'une implantation communiste affaiblie. Cet effort d'implantation dans ces régions passera d'abord par les cantonales de 2011, si le FdG souhaite y progresser aux élections nationales de 2012.

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