Avec 6,55 % des suffrages exprimés au premier tour, le Front de Gauche mené par Pierre Laurent, coordinateur national du PCF, a passé en région parisienne la barre des 5 % lui permettant de
fusionner, d'obtenir des élus et de se faire rembourser les frais de campagne. Le résultat est même légèrement en hausse par rapport à celui des européennes de juin 2009 durant lesquelles Patrick
Le Hyaric avait obtennu 6,32 % des voix (la participation est relativement stable, passant de 42 % à 43 % entre les deux scrutins). En apparence donc, tout va bien pour le Front de Gauche en
région parisienne. Plusieurs éléments sont toutefois inquiétants pour l'avenir plus ou moins proche du PCF.
D'abord, le Front de Gauche ne décolle réellement que dans deux départements, Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis, où il représente plus de 10 % des exprimés. Il obtient également un résultat
intéressant à Paris avec 6,1 %, en net progrès sur les européennes (il fait même une pointe à 10,5 % dans le 20°) et même les régionales de 2004.
Les résultats sont déjà plus inquiétants dans les autres départements. Dans les Yvelines, le Front de Gauche reste marginalisé avec à peine 3,5 % des suffrages. Dans le Val-d'Oise comme en
Seine-et-Marne il passe péniblement la barre des 5 % et culmine à 6,5 % dans l'Essone. La grande couronne est donc un espace où le Front de Gauche ne parvient pas à émerger de manière
significative. Il reste très loin derrière le PS et EE à gauche, mais aussi le FN et l'UMP.
Surtout, la question de l'
abstention tend à devenir existentielle pour le Front de Gauche. On sait que celui-ci s'appuie prioritairement sur l'électorat communiste classique qu'il élargit
à d'anciens électeurs socialistes, des militants associatifs et syndicaux... Hors, la participation est particulièrement faible dans les départements où le PCF était puissant. Elle est ainsi de
36,8 % en Seine-Saint-Denis (24 points de moins qu'en 2004) et de 42,90 % dans le Val-de-Marne (21 points de moins qu'en 2004), soit des taux inférieurs aux moyennes nationale et régionale et des
baisses plus élevées depuis les élections de 2004.
L'abstention touche particulièrement fortement les cités dans les villes de banlieue, autrefois les espaces où le PCF obtenait ses meilleurs résultats. Dans nombre de cités on a ainsi plus de 80
% d'abstention : celle-ci est la norme et non ponctuelle. Cette tendance de fond, visible depuis les années 1980, a ainsi été amplifiée par les dernières élections. La conséquence de ce mouvement
est que le Front de Gauche connait des résultats désastreux dans la plupart des mairies communistes de banlieue.
La comparaison avec 2004 permet de montrer l'ampleur du reflux. Voici deux cartes présentant les résultats pour la petite couronne de la liste de Marie-George Buffet en 2004 (7,2 % et 260
000 voix dans la région) et ceux de Pierre Laurent en 2010 (6,5 % et 190 000 voix).
Dans les deux villes de
plus de 100 000 habitants qu'il a dirigées de 1935 à 2001 (Argenteuil) et 2008 (Montreuil), le PCF fait ainsi respectivement 8,5 % et 18,5 % des exprimés,
représentant seulement 3 % et 7 % des inscrits. Dans ces deux villes il est dépassé par ses partenaires de gauche, PS et EE.
Pour les villes de
plus de 50 000 habitants, le constat est plus inquiétant encore. Le Front de Gauche n'obtient la première place que dans deux villes du Val-de-Marne (Ivry et Champigny)
et une seule de Seine-Saint-Denis (Le Blanc-Mesnil, ville de Marie-George Buffet). Il y représente entre 21 % et 27 % des exprimés mais de 7 % à 11 % des inscrits, avec des taux d'abstention
supérieurs à 60 % dans les trois cas.
Le Front de Gauche est dépassé par le PS dans toutes les autres grandes villes de banlieues dirigées par le PCF (Villejuif, Vitry, Fontenay, Nanterre, Saint-Denis). La banlieue rouge ne joue donc
plus massivement son rôle de réservoire de voix pour les listes soutenues par le PCF. Celui-ci y obtient des résultats supérieurs à la moyenne mais en repli. Surtout, la forte abstention rend ces
résultats moins importants à l'échelle de la région. Il obtient ainsi plus de suffrages à Paris (34 000 voix) que dans toutes les villes de plus de 50 000 habitants qu'il dirige en Ile-de-France
(24 000 voix). Les résultats de Saint-Denis et Nanterre (5% des inscrits, 15 % des exprimés), sont particulièrement alarmants.
Enfin, la catégorie des villes de
plus de 20 000 habitants présente également des résultats inquiétants. Le Front de Gauche ne vire en tête que dans deux mairies communistes de banlieue :
Malakoff et Gennevilliers où il culmine à 34 % des suffrages exprimés (16 % des inscrits). Il est en revanche dépassé par le PS dans toutes ses autres mairies de banlieue :
- Bagneux dans les Hauts-de-Seine
- Bezons dans le Val-d'Oise
- Morsang-sur-Orge et Grigny dans l'Essonne
- Roissy-en-Brie et Champs-sur-Marne en Seine-et-Marne
- Villeneuve-Saint-George et Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne
- Bagnolet, Saint-Ouen, Bobigny, La Courneuve, Tremblay, Stains et Villepinte en Seine-Saint-Denis
Ces résultats sont ainsi inquiétants dans la perspective des prochaines élections locales tant la supériorité du PCF dans ces villes semble remise en question. Par rapport aux régionales de 2004,
l'évolution est sans appel. Le PCF dépassait alors 20 % des exprimés dans 19 de ses mairies de banlieue et culminait à plus de 30 % à Stains. Il ne dépasse désormais 20 % que dans 8 mairies et 30
% qu'à Gennevilliers.
Le recul est particulièrement brutal en Seine-Saint-Denis puisqu'il n'émerge plus qu'au Blanc-Mesnil, et est cantonné entre 10 % et 20 % dans la plupart des grandes villes du département.
Conséquence, le résultat du PCF dans ce qui fut son département symbole recule de 14 % à 11 % des exprimés et surtout de 50 000 à 29 000 voix, soit très précisément 4 % des inscrits.
AInsi, les résultats du Front de Gauche ne sont pas mauvais en termes de pourcentage des exprimés, même s'ils enregistrent une légère érosion depuis 2004 (de 7,2 % à 6,6 %). Le constat est plus
alarmant en pourcentage des inscrits. La montée en puissance régulière de l'abstention depuis 20 ans dans l'électorat communiste de banlieue a désormais des conséquences profondes. Cet électorat
est durablement dépolitisé et éloigné des urnes. Le PCF doit désormais repenser sa manière d'organiser et de défendre ces populations contre le libérlisme effréné, sous peine de disparaitre de
ces territoires qui sont ses fiefs historiques. Il peut s'inspirer de la réussite relative de certaines communes comme Malakoff ou Ivry, où l'abstention reste relativement contenue (moins de 60
%). Il doit surtout porter au niveau national un espoir de transformation et amener son projet au coeur des cités pour espérer reconquérir cet électorat populaire qui lui échappe désormais en
grande partie, au profit d'autres partis de gauche comme le PS et surtout au profit d'une dépolitisation croissante des milieux populaires.