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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 18:18
Après avoir étudié l'implantation du PCF dans trois de ses zones de force provinciales (deux rurales, Allier et Cher, et une mixte rurale-urbaine, le Gard), je vais m'intéresser à sa terre d'élection par excellence, la banlieue parisienne. La banlieue rouge a en effet constitué pendant plus de 60 ans la référence symbolique du PCF. Le Parti communiste puisait dans ses mairies de banlieue, où il régnait sans partage, ses cadres, ses militants, ses électeurs. La banlieue rouge a assuré les beaux jours électoraux du Parti, y compris lors de ses pires crises du début des années 1930 (stalinisation) et des années 1950 (Guerre Froide).
Signe de cette force, la banlieue parisienne élit depuis les années 1930 la plupart des grands dirigeants nationaux du PCF. Georges Marrane et Maurice Thorez sont respectivement maire et député d'Ivry-sur-Seine (94) des années 1930 au début des années 1960, Jacques Duclos est député de Montreuil (93), Gabriel Péri d'Argenteuil (95). Plus près de nous, Georges Marchais est élu à Champigny puis Villejuif (94), Robert Hue à Montigny puis Argenteuil, Marie-Georges Buffet au Blanc-Mesnil (93).
Le PCF s'implante dès les années 1920 dans cette banlieue qui lui offre ses premiers succès électoraux. J'étudierai de manière plus détaillée l'histoire de cette banlieue rouge jusqu'au redécoupage de 1968. Car l'histoire électorale du PCF est ici intimement liée à la partition du département de la Seine en 1968, qui donne naissance à quatre nouveaux déparrtements : Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne. Dans l'optique gaulliste, il s'agit d'opérer un partage des pouvoirs locaux avec le PCF. Marginalisés à Paris et dans les Hauts-de-Seine, les communistes sont voués à rester minoritaire. En échange, la Seine-Saint-Denis regroupe la majeure partie des fiefs historiques du Parti au Nord et à l'Est de la capitale. Enfin, le Val-de-Marne devait avoir un destin plus intermédiaire, regroupant des villes ouvrières et des communes plus bourgeoises.
A la création du département, c'est cependant le communiste Gaston Viens (maire d'Orly) qui est élu pour présider le conseil général. Le PCF perd la présidence dès les élections de 1970 au profit de Roland Nungesser, maire UDR de Nogent-sur-Marne. Une nouvelle bascule, durable cette fois, s'opère en 1976 avec l'élection de Michel Germa (PCF) à la présidence du département. Il y restera jusqu'en 2001, date à laquelle il est remplacé par Jean-François Voguet (PCF), toujours en fonction.
Le PCF dirige donc le Val-de-Marne sans interruption depuis 1976, avec une coupure de six ans depuis 1968.  Alors qu'il a perdu la Seine-Saint-Denis en 2008, son implantation dans le 94 semble plus solide et plus durable. Quels en ont été les ressorts ?
La première carte offre un premier élément de réponse.


Cette carte présente la couleur politique des cantons du Val-de-Marne. On constate que les élus communistes sont très concentrés, et élus exclusivement dans des cantons découpés à partir des villes dirigées par le PCF (Ivry-sur-Seine, Villejuif, Vitry-sur-Seine, Champigny-sur-Marne, Fontenay-sous-Bois...). Le communisme municipal apparait ainsi comme le ressort essentiel de la puissance communiste puisqu'il est devenu la terre d'élection exclusive des conseillers généraux communistes. Le seul "contre-exemple" n'en est en effet pas un puisque le canton du Kremlin-Bicêtre comprend une partie de la ville de Gentilly, dirigée par un maire communiste.
Plus précisément, on peut dire que le conseil général et les mairies communistes s'entre-aident : le département comme les mairies sont les pièces maitresses de la défense du périmètre communiste. Avec 17 élus issus de ses rangs et une majorité de gauche de 31 sièges (sur 49), le PCF conserve au conseil général une marge confortable à la fois par rapport à l'opposition de droite et à ses alliés de gauche. Cette majorité s'est même accrue en 2008 avec la conquête de Fontenay-Est par le PCF et de Villeneuve-le-Roi par le MRC.

On peut apporter une nuance à ce tableau optimiste, puisque le PCF est essentiellement limité au niveau local dans le Val-de-Marne. A la différence des Hauts-de-Seine (3 députés) et de la Seine-Saint-Denis (4 députés), départements où il dispose cependant d'une assise locale moindre, le PCF ne conserve qu'une circonscription dans le Val-de-Marne, celle d'Ivry (représentée par le maire Pierre Gosnat depuis 2007).
Celà est à la fois dû à un découpage défavorable (Champigny par exemple est éclatée entre deux circonscriptions, tout comme Vitry) mais aussi à l'histoire du département. Le PCF n'y a jamais été hégémonique, même pas au sein de la gauche.
La contrepartie de cette situation est que le PCF est très présent dans l'ensemble des circonscriptions du département, ses fiefs étant relativement dispersés. En 2007, il a dépassé le seuil de 5 % des suffrages dans 10 des 12 circonscriptions (157 sur 577 en France) et celui des 10 % dans 4 circonscriptions (54 en France).

Au niveau local, son influence est encore plus présente, comme l'illustre la carte ci-dessous :


Le PCF dépasse 40 % des suffrages dans 5 cantons, 30 % dans 8 autres et 20 % dans 4 derniers. Ces 17 cantons forment le coeur d'une puissance par ailleurs générale, à l'exception de villes bourgeoises comme Saint-Mandé, Charenton, Vincennes et Nogent.
On constate bien sur la carte le "corridor rouge" dessiné par Ivry, Vitry, Villejuif, Choisy et Valenton au Sud de Paris. Plus globalement, cette carte fait apparaitre le lien entre niveau électoral du PCF et présence d'élus (municipaux en particuliers). Dans les villes qu'il a perdues, le niveau électoral du PCF régresse nettement même s'il reste à des niveaux plus élevés que dans le reste du département. Ainsi, à Orly  et à Arcueil (dont les maires sont entrés en dissidence  respectivement en 1989 et 1995), le PCF obtient encore plus de 10 % des suffrages. En revanche, il obtient seulement plus de 5 % à Joinville (perdue en 1983) et n'a pas présenté de candidat à Villeneuve-le-Roi (perdue en 2001), préférant soutenir dès le premier tour le candidat du MRC.
Victime de sa faiblesse nationale, le PCF ne perce pas (ou peu) dans les cantons découpés à partir des villes de gauche qu'il ne dirige pas (Cachan, Alfortville, Créteil, L'Haÿ, Fresnes...). Le cas du Val-de-Marne démontre une nouvelle fois que l'influence locale permet au PCF de se maintenir provisoirement (dans les endroits où il a des élus du moins), mais ne compense pas le déficit de notoriété nationale. La tentative du Front de Gauche aux élections européennes a cependant été un succès dans ce département avec un progrès relativement général des résultats par rapport à 2004 (voir l'article sur les élections européennes).

Enfin, on peut présenter rapidement l'étendue de l'influence municipale du PCF (carte n°3).



Avec 12 maires de villes de plus de 9 000 habitants dont 7 de plus de 30 000 (et 4 de plus de 50 000), le PCF s'affirme comme la force dominante du Val-de-Marne sur le plan municipal. Ses alliés sont d'autre part à la tête de trois villes : Limeil-Brévannes conquise par  le Parti de Gauche en 2008, Arcueil et Orly administrées par les héritiers des maires communistes dissidents des années 1990.
Pour conclure, on peut dire que le Val-de-Marne présente un bel exemple (peut-être le meilleur) de dynamique locale en l'absence de perspectives nationales. La reconquête de Villeneuve-Saint-Georges en 2008 (perdue en 1983) en offre le meilleur exemple. Cette puissance locale reste cependant encore trop dépourvue de débouchés aux élections nationales, malgré un sursaut récent aux européennes de 2009.
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commentaires

valenton rouge 09/01/2011 09:48


bonjour

JF Voguet n'a pas remplacé M Germa à la tête du conseil général mais C Favier qui ne souffre guère de manque de notoriété

amicalement