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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 18:47

 

J'ai déjà étudié l'histoire de la banlieue rouge jusqu'à la disparition des conditions historiques qui avaient vu son succès (force et concentration dans l'espace de la classe ouvrière, vitalité de la conscience de classe, modèle soviétique qui offre une perspective de changement social dont la gestion municipale n'est qu'un avant-goût). Ces conditions sociales, économiques et politiques disparaissent au tournant des années 1980 après avoir été profondément mises à mal dans les années 1970, sans que les effets ne s'en soient fait ressentir sur l'implantation politique du PCF.

Les grandes usines de production de région parisienne disparaissent en effet massivement dans les années 1980 tandis qu'entre 1989 et 1991 le modèle politique du PCF (dont il ne s'était jamais réellement détaché) disparaît. Autant dire que dès 1989, ces bouleversements mettent fin à ce qui a fait la banlieue rouge. Après cette date, il semble plus juste de parler de communisme municipal, même si le terme est souvent récusé par les élus.

 

Déclin du PCF, déclin de l'électorat

On connait les bases qui ont fait la banlieue rouge jusqu'en 1989. Quelles sont celles du communisme municipal depuis ? Avec la disparition de l'empreinte ouvrière, ce sont aussi les repères traditionnels des élus communistes qui disparaissent. Ceux-ci doivent donc réinventer leur projet politique alors que le contexte politique des années 1990 est défavorable.

Le PCF est d'abord marqué dans les médias et auprès des électeurs par l'échec de l'URSS. Il ne faut cependant pas exagérer l'impact de ce phénomène. Beaucoup plus grave est la disparition de l'assise populaire des élus communistes. La plupart des maires communistes peuvent s'appuyer dans les années 1960 et 1970 sur un socle électoral souvent supérieur à 40 % des électeurs inscrits, sans compter le poids des alliés ni de l'abstention (on parle d'inscrits et non de votants). L'hégémonie du PCF est telle dans ces villes que l'on peut presque parler d'un « parti unique » en milieu démocratique.

Or, cette assise est profondément fragilisée par le double phénomène de la montée de l'abstention et du Front National. On ne tombera pas dans l'analyse caricaturale qui veut que les électeurs communistes soient passés avec armes et bagages dans le camp du FN au cours des années 1980 et 1990. D'abord ce transfert n'a jamais été démontré, ensuite les études locales tendent plutôt à montrer que l'électorat FN des années 1990 vient de tous les partis et des abstentionnistes. La cause de la déperdition d'électeurs communistes est ainsi plutôt à chercher du côté de l'abstention, qui explose depuis 1981.

Le processus a récemment trouvé son aboutissement lors des élections municipales (2008), européennes (2009) et régionales (2010). Dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, il n'est désormais pas rare de voir l'abstention concerner 70 % à 90 % du corps électoral. Les taux d'abstention moyen dans les communes sont souvent supérieurs à 50 %, parfois à 60 %. La conséquence pour le PCF est que la frange traditionnellement la plus compacte et la plus sûre de son électorat, celle composée d'ouvriers et d'employés, ne vote plus. Les raisons de cette abstention sont nombreuses, mais on insistera sur la dépolitisation des milieux populaires porté dans les cités par le sentiment d'abandon.

Le communisme de banlieue parisienne a ainsi connu un cercle vicieux, qui a vu son électorat disparaître et son recrutement militant se tarir car les ressorts classiques de l'adhésion étaient enrayés. Affaiblie, la structure du parti s'est repliée et s'est faite moins présente, contribuant au sentiment d'éloignement des populations, y compris avec le PCF. Seuls les élus assurent le lien durable avec les populations désormais, et ce lien ténu est affaibli par l'abstention.

 

Le communisme municipal depuis 2001, histoire d'une déroute

Privé de son électorat, de ses ressources (la désindustrialisation de la banlieue a privé les communes de l'essentiel de leur taxe professionnelle), de ses militants et de ses réseaux auprès de la population, le communisme de banlieue sort profondément affaibli de la décennie 2000. Les élections municipales de 2001 révèlent au grand jour cet affaiblissement. La défaite du PCF est accrue par l'effet conjoncturel du désaveu de la participation au gouvernement Jospin.

La défaite est d'autant plus lourde et mal vécue qu'elle touche le cœur de ce qui constituait la banlieue rouge, alors que les années 1980 et 1990 n'avaient attaqué pour l'essentiel que les conquêtes récentes (après 1965) et les villes de grande banlieue. En 2001, le PCF perd Drancy et Argenteuil (conquises en 1935), Pantin (1959) et Colombes (1965). La défaite est plus lourde encore dans les villes de province. Désormais, le communisme municipal est relégué aux marges de l'agglomération parisienne. Il ne contrôle plus la moindre ville de plus de 100 000 habitants. La carte suivante résume cette situation.

 

Mairies-2001.gif

 

 

Si le PCF est encore bien implanté en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, cette présence n'est plus que la réminiscence de sa puissance passé. Dans ce contexte, les élections municipales de 2008 suscitent les plus grandes craintes, d'autant que le PS impose de nombreuses primaires au premier tour dans les mairies communistes sortantes, espérant s'y imposer après les calamiteuses élections de 2007.

Un affrontement entre PS et PCF a ainsi lieu au premier tour à Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve, Pierrefitte et Bagnolet pour l'essentiel. Plus grave encore les listes socialistes, bien que battues dans toutes ces villes (sauf Pierrefitte) se maintiennent au second tour. Profitant des voix de droite, elles l'emportent à Aubervilliers tandis que la verte Dominique Voynet fait de même à Montreuil.

Contrairement à la situation du communisme municipal en province, les élections de 2008 n'ont annoncé aucun signe de redressement du PCF en banlieue parisienne. Celui-ci reste durablement affaibli par l'abstention, qui rend possible le basculement même des villes les plus sûres compte tenu du faible nombre de votants. Dans une telle situation, un petit déplacement de votes peut faire perdre une équipe sortante. C'est notamment ce qui s'est passé à Aubervilliers.

Le PCF l'emporte dans quelques communes (Roissy-en-Brie dans le 77, Villepinte dans le 93, Villeneuve-Saint-Georges dans le 94), mais aucune ne dépasse les 50 000 habitants, alors que deux des trois villes perdues comptaient plus de 80 000 habitants (Aubervilliers et Montreuil). Ainsi, malgré ces conquêtes la taille de la population administrée par le PCF au niveau municipal a été réduite.

 

Surtout, les élections locales de 2008 ont vu disparaître un des éléments clé du système municipal communiste de banlieue, à savoir le conseil général de Seine-Saint-Denis. Celui-ci bascule au profit du PS alors qu'il était dirigé par le PCF depuis sa création en 1968. Par les subventions et la politique sociale qu'il menait, le conseil général était un instrument majeur au main des communistes pour servir les populations et ainsi se faire reconnaître. Cet instrument disparaît dans le 93 et n'est plus aux mains du PCF que dans le Val-de-Marne.

Enfin, le double échec lors des élections partielles de 2010 (à Noisy-le-Sec et Corbeil-Essonnes) est le signe de l'incapacité profonde du PCF à reconquérir le terrain perdu, ou du moins de sa difficulté particulière à le faire.

 

Les mairies communistes se distinguent traditionnellement par leurs politiques sociales généreuses mais aussi par des politiques culturelles et sportives ambitieuses, ainsi que par des politiques de défense des activités économiques dans les territoires. Ce volet doit être maintenu, tout comme les prises de position en faveur du vote des étrangers aux élections locales, qui apporterait probablement un souffle nouveau au PCF. Il faut toutefois y ajouter un devoir pour les élus et les militants de réinvestir dans la durée les territoires de l'abstention, au premier rang desquels se trouvent les cités. Ce n'est que par la présence quotidienne militante, associative, syndicale, que le PCF peut espérer reconquérir le terrain perdu dans les mairies qu'il dirige encore, comme dans les villes qu'il a perdu.

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commentaires

MPapin 16/02/2017 14:42

Bonjour,
j'aimerai citer votre article dans ma thèse (histoire de la danse contemporaine en France 1968-1978), pouvez vous me donner une référence précise ? je ne trouve pas le nom de l'auteur par exemple. merci et bravo.

Mariotti 21/10/2011 09:46


Bonjour,

Avez-vous réalisé cette carte vous même?

En vous remerciant


Alexandre 26/10/2011 17:05



Bonjour,


Pour répondre à votre question, j'ai réalisé cette carte comme toutes celles du blog à partir des chiffres disponibles sur le site du ministère de l'intérieur (section élections) et du monde.fr


Cordialement



Malaberg 20/02/2011 13:56


Bon, allez, j'attends la suite avec impatience !