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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:51

La Meurthe-et-Moselle présente un visage particulier pour le PCF puisque c'est le seul département de l'Est de la France oùil conserve aujourd'hui une forte influence. La Lorraine et la Champagne-Ardennes avaient pourtant été des régions où le parti communiste était puissant dans les années 1970. Comparativement à son poids passé, c'est dans ces régions qu'il a le plus décliné, souffrant de l'effacement rapide et spectaculaire d'une classe ouvrière combative, dans les secteurs miniers (en particulier le fer en Lorraine) et métallurgiques (autour de Longwy, Charleville, Metz, Thionville...).

Le déclin des centres industriels a partout marqué un recul du Parti qui l'a parfois poussé jusqu'à la quasi-disparition, en particulier en Moselle autour de Metz et Thionville. A l'inverse, il a conservé une puissance certaine dans le Nord de la Meurthe-et-Moselle.

Le département peut en effet être découpé en deux "morceaux" : au sud, la majeure partie de l'ancien département de la Meurthe, où le PCF a toujours été marginal. Au nord, dans le corridor séparant Meuse et Moselle, une série d'anciennes villes industrielles en reconversion. Ici comme ailleurs, la sidérurgie et les mines ont décliné. La rancoeur des populations contre la gauche était forte dans les années 1980, lorsque la présidence Mitterrand entérinait la fin de la sidérurgie française.

Comment expliquer la différence entre le maintien de positions de force importantes en Meurthe-et-Moselle et leur quasi-disparition dans les Ardennes et en Moselle ?

 

La première raison que l'on peut évoquer est historique. Alors que les cinq députés communistes élus dans les Ardennes et en Moselle en 1978 sont battus dès 1981, la représentation communiste au Parlement est plus durable en Meurthe-et-Moselle.

Le département a envoyé de manière continue un député communiste à l'Assemblée Nationale entre 1962 et 1986, et même deux en 1978. Cette implantation plus profonde a donc été plus durable, et a mieux résisté face au déclin. Depuis 1986, si le PCF n'a plus de député dans le département, il y réalise toujours de bon résultats dans les circonscriptions de l'ancien bassin métallurgique (entre 15 et 20 %), très au-dessus de sa moyenne nationale.

Surtout, il conserve une sénatrice, élue du nord du département.

 

Cette présence parlementaire repose sur un réseau d'élus locaux encore vivace. On retrouve encore une fois ce qui a été le moteur principal du PCF au cours de sa longue période de repli, les élus locaux. La carte des résultats aux élections cantonales de 2011 est significative :

 

  Résultats PCF Meurthe-et-Moselle 2011

 

 

La coupure entre nord et sud du département, qui recoupe une ancienne coupure interne au PCF séparant les deux fédérations du nord et du sud Meurthe-et-Moselle, est nette. Au nord, tous les résultats au-dessus de 30 % des suffrages exprimés sauf un (canton de Bayon). Au sud, tous les résultats inférieurs à 10 % des suffrages sauf deux (Longwy-centre où le PCF ne présente plus de candidat depuis qu'il a perdu la mairie et Longuyon, sociologiquement décalé par rapport aux cantons voisins).

Les résultats sont restés stables à des hauts niveaux au cours des années 2000, avec quelques variations. Ainsi en 2011 le vote communiste a progressé à Villerupt, dans la foulée de la victoire aux municipales en 2008 (reconquête de la ville-centre du canton, perdue en 1995), alors qu'il a baissé à Mont-Saint-Martin.

La coupure est tout aussi nette en terme d'élus : au nord, sept conseillers généraux communistes pour neuf cantons, au sud, un seul pour 35 cantons.

 

Comme pour les parlementaires, cette vitalité du PCF au conseil général repose sur la force de son réseau municipal d'élus. Le Parti compte encore 22 mairies dans le département dont 6 ayant plus de 3 500 habitants. La plus grande, Villerupt, compte 10 000 habitants. Ces mairies sont dans leur immense majorité regroupées dans l'ancien bassin métallurgique de Longwy :

 

 

Communes PCF Meurthe-et-Moselle

 

La Meurthe-et-Moselle est donc un exemple-type des départements dans lesquels le vote communiste subsiste à l'échelon local autour d'élus dynamiques et reconnus, tandis qu'il a décliné au niveau national pour tomber à 15 % environ lorsqu'il est porté par un élu du cru (aux législatives), et encore moins aux présidentielles.

Le bilan est donc sévère : si l'action locale des communistes est toujours reconnue, leur projet national n'est plus entendu. Dans ce contexte, la dynamique du Front de Gauche a ici été peu probante, bien que soutenue par les élus et les militants. Aux européennes, le FdG a obtenu plus de 5 % des voix dans le département (le seul dans ce cas en Lorraine), mais sans parvenir à percer réellement. Aux élections régionales, le PCF a participé au premier tour à la liste d'union de la gauche avec le PS, limitant ainsi la dynamique de l'alliance.

Si les résultats dans le département sont peu flatteurs, ils sont meilleurs si l'on considère la zone de force du PCF, dans le nord du département. Le FdG a ainsi obtenu 23 % des voix à Villerupt en 2009, 16 % à Jarny et 14 % à Mont-Saint-Martin, les trois plus grandes villes communistes, contre respectivement 21 %, 14 % et 9 % en 2004.

Soutenue par les élus, la démarche du FdG a comme ailleurs permis de mettre fin à l'érosion des positions communistes. L'absence de liste aux régionales et la faiblesse générale du Parti dans la région, à l'exception de cette zone de force géographiquement restreinte ont pour l'instant limité les possibilités de confirmer et de renforcer cette première dynamique.

Les élections de 2012 (présidentielles et législatives) ont maintenu le statu quo pour le parti qui n'a pas pu regagner la 3ème circonscription (couvrant la partie Nord du département). Le résultat du candidat du Front de Gauche (7500 voix et 18,4 % en 2012) est même resté sensiblement le même que celui du candidat communiste de 2007 (6600 voix et 18,5 %). L'augmentation du nombre de suffrages obtenus a ainsi été effacé par la hausse simultanée de la participation.

Tout l'enjeu pour le PCF est maintenant de parvenir à maintenir son réseau d'élus aux élections municipales de 2014 et cantonales de 2015.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 18:47

 

J'ai déjà étudié l'histoire de la banlieue rouge jusqu'à la disparition des conditions historiques qui avaient vu son succès (force et concentration dans l'espace de la classe ouvrière, vitalité de la conscience de classe, modèle soviétique qui offre une perspective de changement social dont la gestion municipale n'est qu'un avant-goût). Ces conditions sociales, économiques et politiques disparaissent au tournant des années 1980 après avoir été profondément mises à mal dans les années 1970, sans que les effets ne s'en soient fait ressentir sur l'implantation politique du PCF.

Les grandes usines de production de région parisienne disparaissent en effet massivement dans les années 1980 tandis qu'entre 1989 et 1991 le modèle politique du PCF (dont il ne s'était jamais réellement détaché) disparaît. Autant dire que dès 1989, ces bouleversements mettent fin à ce qui a fait la banlieue rouge. Après cette date, il semble plus juste de parler de communisme municipal, même si le terme est souvent récusé par les élus.

 

Déclin du PCF, déclin de l'électorat

On connait les bases qui ont fait la banlieue rouge jusqu'en 1989. Quelles sont celles du communisme municipal depuis ? Avec la disparition de l'empreinte ouvrière, ce sont aussi les repères traditionnels des élus communistes qui disparaissent. Ceux-ci doivent donc réinventer leur projet politique alors que le contexte politique des années 1990 est défavorable.

Le PCF est d'abord marqué dans les médias et auprès des électeurs par l'échec de l'URSS. Il ne faut cependant pas exagérer l'impact de ce phénomène. Beaucoup plus grave est la disparition de l'assise populaire des élus communistes. La plupart des maires communistes peuvent s'appuyer dans les années 1960 et 1970 sur un socle électoral souvent supérieur à 40 % des électeurs inscrits, sans compter le poids des alliés ni de l'abstention (on parle d'inscrits et non de votants). L'hégémonie du PCF est telle dans ces villes que l'on peut presque parler d'un « parti unique » en milieu démocratique.

Or, cette assise est profondément fragilisée par le double phénomène de la montée de l'abstention et du Front National. On ne tombera pas dans l'analyse caricaturale qui veut que les électeurs communistes soient passés avec armes et bagages dans le camp du FN au cours des années 1980 et 1990. D'abord ce transfert n'a jamais été démontré, ensuite les études locales tendent plutôt à montrer que l'électorat FN des années 1990 vient de tous les partis et des abstentionnistes. La cause de la déperdition d'électeurs communistes est ainsi plutôt à chercher du côté de l'abstention, qui explose depuis 1981.

Le processus a récemment trouvé son aboutissement lors des élections municipales (2008), européennes (2009) et régionales (2010). Dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, il n'est désormais pas rare de voir l'abstention concerner 70 % à 90 % du corps électoral. Les taux d'abstention moyen dans les communes sont souvent supérieurs à 50 %, parfois à 60 %. La conséquence pour le PCF est que la frange traditionnellement la plus compacte et la plus sûre de son électorat, celle composée d'ouvriers et d'employés, ne vote plus. Les raisons de cette abstention sont nombreuses, mais on insistera sur la dépolitisation des milieux populaires porté dans les cités par le sentiment d'abandon.

Le communisme de banlieue parisienne a ainsi connu un cercle vicieux, qui a vu son électorat disparaître et son recrutement militant se tarir car les ressorts classiques de l'adhésion étaient enrayés. Affaiblie, la structure du parti s'est repliée et s'est faite moins présente, contribuant au sentiment d'éloignement des populations, y compris avec le PCF. Seuls les élus assurent le lien durable avec les populations désormais, et ce lien ténu est affaibli par l'abstention.

 

Le communisme municipal depuis 2001, histoire d'une déroute

Privé de son électorat, de ses ressources (la désindustrialisation de la banlieue a privé les communes de l'essentiel de leur taxe professionnelle), de ses militants et de ses réseaux auprès de la population, le communisme de banlieue sort profondément affaibli de la décennie 2000. Les élections municipales de 2001 révèlent au grand jour cet affaiblissement. La défaite du PCF est accrue par l'effet conjoncturel du désaveu de la participation au gouvernement Jospin.

La défaite est d'autant plus lourde et mal vécue qu'elle touche le cœur de ce qui constituait la banlieue rouge, alors que les années 1980 et 1990 n'avaient attaqué pour l'essentiel que les conquêtes récentes (après 1965) et les villes de grande banlieue. En 2001, le PCF perd Drancy et Argenteuil (conquises en 1935), Pantin (1959) et Colombes (1965). La défaite est plus lourde encore dans les villes de province. Désormais, le communisme municipal est relégué aux marges de l'agglomération parisienne. Il ne contrôle plus la moindre ville de plus de 100 000 habitants. La carte suivante résume cette situation.

 

Mairies-2001.gif

 

 

Si le PCF est encore bien implanté en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, cette présence n'est plus que la réminiscence de sa puissance passé. Dans ce contexte, les élections municipales de 2008 suscitent les plus grandes craintes, d'autant que le PS impose de nombreuses primaires au premier tour dans les mairies communistes sortantes, espérant s'y imposer après les calamiteuses élections de 2007.

Un affrontement entre PS et PCF a ainsi lieu au premier tour à Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve, Pierrefitte et Bagnolet pour l'essentiel. Plus grave encore les listes socialistes, bien que battues dans toutes ces villes (sauf Pierrefitte) se maintiennent au second tour. Profitant des voix de droite, elles l'emportent à Aubervilliers tandis que la verte Dominique Voynet fait de même à Montreuil.

Contrairement à la situation du communisme municipal en province, les élections de 2008 n'ont annoncé aucun signe de redressement du PCF en banlieue parisienne. Celui-ci reste durablement affaibli par l'abstention, qui rend possible le basculement même des villes les plus sûres compte tenu du faible nombre de votants. Dans une telle situation, un petit déplacement de votes peut faire perdre une équipe sortante. C'est notamment ce qui s'est passé à Aubervilliers.

Le PCF l'emporte dans quelques communes (Roissy-en-Brie dans le 77, Villepinte dans le 93, Villeneuve-Saint-Georges dans le 94), mais aucune ne dépasse les 50 000 habitants, alors que deux des trois villes perdues comptaient plus de 80 000 habitants (Aubervilliers et Montreuil). Ainsi, malgré ces conquêtes la taille de la population administrée par le PCF au niveau municipal a été réduite.

 

Surtout, les élections locales de 2008 ont vu disparaître un des éléments clé du système municipal communiste de banlieue, à savoir le conseil général de Seine-Saint-Denis. Celui-ci bascule au profit du PS alors qu'il était dirigé par le PCF depuis sa création en 1968. Par les subventions et la politique sociale qu'il menait, le conseil général était un instrument majeur au main des communistes pour servir les populations et ainsi se faire reconnaître. Cet instrument disparaît dans le 93 et n'est plus aux mains du PCF que dans le Val-de-Marne.

Enfin, le double échec lors des élections partielles de 2010 (à Noisy-le-Sec et Corbeil-Essonnes) est le signe de l'incapacité profonde du PCF à reconquérir le terrain perdu, ou du moins de sa difficulté particulière à le faire.

 

Les mairies communistes se distinguent traditionnellement par leurs politiques sociales généreuses mais aussi par des politiques culturelles et sportives ambitieuses, ainsi que par des politiques de défense des activités économiques dans les territoires. Ce volet doit être maintenu, tout comme les prises de position en faveur du vote des étrangers aux élections locales, qui apporterait probablement un souffle nouveau au PCF. Il faut toutefois y ajouter un devoir pour les élus et les militants de réinvestir dans la durée les territoires de l'abstention, au premier rang desquels se trouvent les cités. Ce n'est que par la présence quotidienne militante, associative, syndicale, que le PCF peut espérer reconquérir le terrain perdu dans les mairies qu'il dirige encore, comme dans les villes qu'il a perdu.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 16:32

Terre d'élection par excellence du PCF jusque dans les années 1970, la ceinture rouge de Paris s'est réduite avec le déclin électoral amorcé en 1981 jusqu'à ne plus représenter que l'ombre d'elle-même. Une question légitime peut même se poser : la banlieue rouge existe-t-elle encore en 2010 ?

 

Rappel historique

La notion de « banlieue rouge » émerge en 1924 lorsque Paul Vaillant-Couturier baptise de ce nom dans L'Humanité les mairies communistes de banlieue parisienne prises par le PCF. Il décrit alors une réalité sociale, économique et politique de communes de banlieues très majoritairement composées d'ouvriers, dont l'économie repose sur de grandes usines de production (automobile, métallurgie, aviation, électricité en sont les piliers) et dont la vie politique est dominée par les communistes, ce qui est nouveau pour l'époque.

Je ne reviendrai pas dans le détail sur le processus historique qui a vu la lente maturation de la ceinture rouge de Paris, et j'en rappellerai simplement les grandes étapes. La première intervient avec le Front Populaire. Devant la menace fasciste et suite à l'effondrement du KPD (Parti communiste allemand) en 1933 après la prise de pouvoir par Hitler, les Partis communistes européens changent leur stratégie politique et adoptent la ligne des fronts populaires, à l'initiative de Staline. En France, cette volonté nouvelle d'union avec le reste de la gauche se traduit aux élections municipales de 1935 par une alliance entre PCF, SFIO et Radicaux préfigurant le Front de 1936.

La nouvelle stratégie communiste rencontre alors l'aspiration du prolétariat français à l'unité. Elle se traduit dans les urnes par un succès majeur du PCF qui remporte près de 300 municipalités dont 31 villes de plus de 20 000 habitants. Ce succès repose avant tout sur une extension de la banlieue rouge, qui passe de 9 à 26 mairies communistes dans la Seine et de 6 à 29 en Seine-et-Oise (voir la carte). Ce succès municipal suit ainsi la géographie électorale et de l'implantation militante du PCF. Il offre aux communistes un point d'appui exceptionnel, dont ils sauront se servir au cours de leur histoire et qui leur permet de développer des politiques sociales ambitieuses (vacances pour les jeunes, logement social...), vitrine de leur projet de société.

 

Mairies 1935

 

Le succès de 1935 est renouvelé en 1945-1947. Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, le PCF bénéficie d'une image très favorable dans la société française du fait de son implication dans la Résistance et du prestige de l'URSS depuis la victoire de Stalingrad. Il est alors à l'apogée de sa puissance électorale avec 28,6 % des suffrages en juin 1946. Cette assise nouvelle lui permet de conquérir plus de 1 500 mairies lors des élections municipales de 1945. Dans le contexte de guerre froide qui survient dès 1947, il perd cependant rapidement la plupart de ces mairies. Il est en effet isolé et, dépourvu d'alliance, ne conserve que les communes dans lesquelles il obtient seul plus de la moitié des voix.

Cette assise amoindrie ne l'empêche pas de progresser dans la Seine entre 1947 (carte n°2) et 1935.

 

Mairies-1947.gif

 

Un troisième temps dans l'histoire de la ceinture rouge de Paris intervient avec les années 1950 à 1970. Ces décennies sont marquées par l'extension spatiale et numérique de la banlieue parisienne. Elles voient également le PCF progresser sans cesse à chaque élection municipale dans la région parisienne. La naissance de la V° République en 1958 marque en effet une rupture majeure avec le changement du scrutin aux élections législatives, qui passe de la proportionnelle au scrutin majoritaire à deux tours dans des circonscriptions. La conséquence pour le PCF est que, isolé dans le paysage politique, il perd ses députés (de plus de 150 à 10 entre 1956 et 1958).

Il doit donc, pour retrouver sa représentation parlementaire, renforcer son implantation locale dans les circonscriptions et faire des alliances. Cette double nécessité lui ouvre les portes de la gestion municipale dans de nombreuses villes de banlieue parisienne, où il devient majoritaire seul ou avec ses alliés (FGDS de François Mitterand notamment). Son implantation municipale en banlieue bénéficie surtout à partir de 1972 de la signature du Programme commun de gouvernement avec le PS. Cette alliance lui permet de conquérir des villes où il pèse un poids important mais où il n'est pas hégémonique.

La banlieue rouge connait alors son apogée en 1977 lors des élections qui voient le triomphe de l'union de la gauche (carte n°3). La banlieue rouge est alors composée de trois catégories de villes :

- les mairies conquises dans les années 1920, en 1935 et en 1945. Conservées durant les années d'isolement, ce sont celles où le PCF est majoritaire seul. Elles sont très homogènes, formatées par l'empreinte ouvrière et industrielle.

- les mairies conquises en 1959 et 1965. Elles sont plus diversifiées, comprennent les premiers grands ensembles (conquête de Sarcelles en 1959) et des villes de grande banlieue (Sartrouville et Corbeil-Essonnes en 1959) ainsi que des villes à la population moins exclusivement ouvrière (Colombes et Levallois en 1965).

- Les mairies conquises en 1971 et 1977. Ce sont les conquêtes de l'union de la gauche, les plus fragiles pour le PCF qui est ici dépendant de ses alliés. Elles sont aussi les plus nombreuses.

Au terme des élections municipales de 1977, le PCF dirige 72 villes de plus de 30 000 habitants sur 221 (22 de plus qu'en 1971). En région parisienne il conquiert 15 villes de plus de 20 000 habitants et domine la petite couronne, de manière écrasante en Seine-Saint-Denis. Cette victoire est particulièrement importante, la banlieue rouge s'affirmant comme une des grandes réserves de voix du PCF, et la terre d'élection constante de ses cadres depuis les années 1930 (Maurice Thorez, Georges Marchais à Villejuif, Robert Hue à Montigny-les-Cormeilles...)

 

Mairies-1977.gif

 

La quatrième phase dans l'histoire de la banlieue rouge est celle du déclin, depuis 1981. La concurrence du PS, la dégradation de l'image de l'URSS et les prises de position contestées du PCF (soutien à l'invasion de l'Afghanistan en 1979, crise des euromissiles en 1983), puis son association à la gestion gouvernementale après 1981 et à la déception qu'elle fait naitre dans les classes populaires, ruinent le capital électoral des communistes. Ceux-ci subissent un premier revers en 1981 avec 15 % des voix aux présidentielles et aux législatives (contre 20 à 22 % dans les années 1970).

Le déclin national du Parti communiste se traduit à l'échelon municipal. La banlieue rouge, terre d'élection historique du PCF, qui lui a fourni cadres, militants et électeurs durant ses années d'isolement de la guerre froide, n'échappe pas à la tourmente. Les conquêtes les plus récentes sont aussi celles qui sont le plus rapidement perdues, principalement en 1983 et 1989.

Après 1989, la banlieue rouge est pour l'essentiel ramenée à ses bases de départ des années 1950, c'est-à-dire aux fiefs historiques du PCF (carte n°4). Elle est cependant plus que jamais la pierre angulaire d'un communisme municipal affaibli, le PCF ayant en proportion reculé plus rapidement dans les grandes villes de province que dans les banlieues de Paris.

 

Mairies-1989.gif

 

On peut dire que dès 1989, la banlieue rouge a disparu dans sa forme historique. Ce qui fondait sa spécificité dans les périodes antérieures, à savoir l'adossement au modèle soviétique, a disparu. En outre, la gestion municipale des communistes longtemps originale est copiée par les autres partis qui en reprennent les thèmes, les pratiques, les innovations, et finalement la banalise. Elle subsiste cependant dans les faits et le PCF continue de gérer de nombreuses communes de banlieue parisienne.

Dans les années 1990, la banlieue rouge est repliée sur ses fiefs, et fonde son avenir sur le maintien en place d'élus vieillissants mais très populaires dans leurs communes. Dans un contexte d'affaiblissement général du PCF, les maires communistes ne sont en effet souvent réélus que grâce à leur propre notoriété. Cela pousse à les maintenir en place de longues périodes : il est courant sinon systématique dans les années 1990 pour les maires communistes d'avoir été élus dès les années 1970 voire les années 1960. Ce vieillissement des cadres va contraindre le PCF a un renouvellement qui va précipiter les défaites, en particulier en 2001.

J'étudierai plus particulièrement dans un deuxième article la situation actuelle de la banlieue rouge, en fait depuis les élections municipales de 2001 (inclues).

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 16:44
Les Bouches-du-Rhône sont aujourd'hui le département de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur où le PCF est le mieux implanté. Les communistes sont puissants de longue date dans ce département ouvrier. En 1981, les Bouches-du-Rhône sont ainsi le seul département métropolitain avec la Seine-Saint-Denis à placer le communiste Georges Marchais en tête du premier tour de l'élection présidentielle.

Les députés
Depuis, si le poids des communistes a diminué, ils restent très présents. Le PCF compte encore 3 des 16 circonscriptions en 1988 (Marseille 8° secteur, Istres-Martigues et Aubagne-La Ciotat) contre tout de même 7 sur 11 en 1978. Le déclin des années 1980 a donc été très prononcé au niveau des législatives.
Les législatives de 1997 voient l'influence des communistes remonter légèrement puisqu'ils prennent la circonscription de Gardanne au RPR, qui vient s'ajouter aux trois de 1988 (dont deux ont été perdues en 1993 et reconquises en 1997). Les années 2000 marquent cependant une nouvelle étape dans le déclin du PCF qui perd deux députés en 2002 (Aubagne et Gardanne), et encore un en 2007 (Marseille 8° secteur, siège qu'il détenait sans interruption depuis 1958). Le dernier député communiste des Bouches-du-Rhône est donc Michel Vaxès élu dans la circonscription de Martigues.


Au niveau local, il faut distinguer l'évolution du PCF à Marseille même et dans le reste du département.

A Marseille
Le PCF a connu un déclin très marqué dans la deuxième ville française. Elle a longtemps été parmi les plus grandes villes de France celle qui lui offrait ses meilleurs résultats. Le PCF a même détenu la mairie de 1946 à 1947. Jusque dans les années 1960 le PCF obtient couramment plus de 30 % des suffrages dans la cité phocéenne, alors même que ses résultats nationaux tournent autour de 20-25 %.
La désindustrialisation de la ville à partir des années 1970 a entrainé un premier déclin, matérialisé en 1981 par la perte de 3 des 4 sièges de députés que le PCF détenait dans la ville, essentiellement au profit du PS. Les mutations sociologiques et urbaines réduisent la sociabilité ouvrière et populaire sur laquelle le PCF fondait sa puissance. Privé de ses matrices de recrutement, isolé et minoritaire, le PCF marseillais perd ses points d'appuis.
Les années 2000 achèvent ce processus de déclin acceléré du Parti : le dernier député communiste perd son siège en 2007 dans le fief que constitue pourtant le 8° secteur. En 2008, le PCF perd à la fois la mairie du 8° secteur et les deux cantons qu'il détenait encore : il est désormais totalement éliminé des postes électifs de Marseille, à l'exception de sièges de conseillers municipaux et d'adjoints dans les mairies de secteur.
Le repli communiste est matérialisé par ses résultats aux élections cantonales :

Résultats du PCF aux élections cantonales à Marseille.

On le voit, le PCF est présent dans l'ensemble de la ville (qui a conservé un caractère populaire, plus que Paris et Lyon à des échelles comparables). Son influence est cependant marginalisée (moins de 10 %), hormis dans son fief du 8° secteur (cantons de Verduron, Saint-Mauront et Notre-Dame-Limite) où il est néanmoins en net recul.


Dans le reste du département
L'évolution récente du PCF est plus contrastée dans le reste des Bouches-du-Rhône. Suivant une évolution nationale de déclin, il a quasiment disparu (ou est du moins marginalisé) dans de vastes secteurs : le pays d'Aix-en-Provence, la région de Tarascon et plus généralement le nord du département, moins urbanisé.
Il conserve en revanche des zones de force très vivaces dans quelques fiefs et plus généralement une influence non négligeable à Arles, dans la région de l'Etang de Berre, dans les communes du pourtour de Marseille et le pays minier autour de Gardanne. Cette influence morcelée apparaît sur la carte n°2 :



Résultats du PCF aux élections cantonales dans les Bouches-du-Rhône

Comme pour les autres départements que j'ai présenté, l'importance de la détention de municipalités apparait sur cette carte. On constate que le PCF obtient ses meilleurs résultats à Arles, Martigues et Aubagne, qui sont également ses mairies les plus importantes du département. Dans une moindre mesure, cette influence est perceptible à Port-Saint-Louis, Gardanne et Les Pennes-Mirabeau. On constate également la persistance d'une influence résiduelle du PCF dans ses anciennes zones de force : le pays minier avec Trets, les chantiers navals à La Ciotat et le pays rouge de la région de Châteaurenard et Orgon.
Encore présent dans les élections, le Parti communiste ne conserve plus que six conseillers généraux à Arles et Aubagne Ouest, Gardanne, Port-Saint-Louis et dans les deux cantons de Martigues.

La troisième carte représente les municipalités communistes du département.



Mairies communistes des Bouches-du-Rhône

On voit que l'influence du PCF est encore importante à cet échelon puisqu'il détient trois des cinq plus grandes villes du département (Arles, Martigue, Aubagne), les deux plus importantes revenant à l'UMP (Marseille et Aix). Au total, il conserve 12 villes de plus de 3 500 habitants et une commune de moins de 3 500 habitants. Cette force locale s'est traduite en 2008 par la reconquête de Port-Saint-Louis (9 000 habitants), perdue en 2001, et la réélection de la totalité des 12 maires sortants.

Puissant au niveau local, le PCF est donc nettement affaibli au niveau national bien que toujours présent. Les dernières élections ont toutefois été encourageantes, et laissent espérer un retournement de situation si le PCF parvient à conforter la dynamique nationale retrouvée lors des élections européennes.
D'abord, des élections locales partielles ont montré que le PCF conservait une capacité de conquête là où il n'est pas élu (plus de 40 % des votants au premier tour de l'élection municipale partielle de Saint-Mitre les Remparts en mars 2009, remportée au 2° tour par le maire sortant UMP) ou du moins un poids important (11 % à la cantonale partielle de Vitrolles en novembre 2009).
Surtout, les listes du Front de gauche sont parvenues à émerger dans les Bouches-du-Rhône lors des élections européennes : 8,72 % et plus de 40 000 voix, soit le meilleur résultat régional (PACA) et un des meilleurs de la circonscription Sud-Est. Les élections régionales seront ici déterminantes pour confirmer cette tendance.
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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 18:18
Après avoir étudié l'implantation du PCF dans trois de ses zones de force provinciales (deux rurales, Allier et Cher, et une mixte rurale-urbaine, le Gard), je vais m'intéresser à sa terre d'élection par excellence, la banlieue parisienne. La banlieue rouge a en effet constitué pendant plus de 60 ans la référence symbolique du PCF. Le Parti communiste puisait dans ses mairies de banlieue, où il régnait sans partage, ses cadres, ses militants, ses électeurs. La banlieue rouge a assuré les beaux jours électoraux du Parti, y compris lors de ses pires crises du début des années 1930 (stalinisation) et des années 1950 (Guerre Froide).
Signe de cette force, la banlieue parisienne élit depuis les années 1930 la plupart des grands dirigeants nationaux du PCF. Georges Marrane et Maurice Thorez sont respectivement maire et député d'Ivry-sur-Seine (94) des années 1930 au début des années 1960, Jacques Duclos est député de Montreuil (93), Gabriel Péri d'Argenteuil (95). Plus près de nous, Georges Marchais est élu à Champigny puis Villejuif (94), Robert Hue à Montigny puis Argenteuil, Marie-Georges Buffet au Blanc-Mesnil (93).
Le PCF s'implante dès les années 1920 dans cette banlieue qui lui offre ses premiers succès électoraux. J'étudierai de manière plus détaillée l'histoire de cette banlieue rouge jusqu'au redécoupage de 1968. Car l'histoire électorale du PCF est ici intimement liée à la partition du département de la Seine en 1968, qui donne naissance à quatre nouveaux déparrtements : Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne. Dans l'optique gaulliste, il s'agit d'opérer un partage des pouvoirs locaux avec le PCF. Marginalisés à Paris et dans les Hauts-de-Seine, les communistes sont voués à rester minoritaire. En échange, la Seine-Saint-Denis regroupe la majeure partie des fiefs historiques du Parti au Nord et à l'Est de la capitale. Enfin, le Val-de-Marne devait avoir un destin plus intermédiaire, regroupant des villes ouvrières et des communes plus bourgeoises.
A la création du département, c'est cependant le communiste Gaston Viens (maire d'Orly) qui est élu pour présider le conseil général. Le PCF perd la présidence dès les élections de 1970 au profit de Roland Nungesser, maire UDR de Nogent-sur-Marne. Une nouvelle bascule, durable cette fois, s'opère en 1976 avec l'élection de Michel Germa (PCF) à la présidence du département. Il y restera jusqu'en 2001, date à laquelle il est remplacé par Jean-François Voguet (PCF), toujours en fonction.
Le PCF dirige donc le Val-de-Marne sans interruption depuis 1976, avec une coupure de six ans depuis 1968.  Alors qu'il a perdu la Seine-Saint-Denis en 2008, son implantation dans le 94 semble plus solide et plus durable. Quels en ont été les ressorts ?
La première carte offre un premier élément de réponse.


Cette carte présente la couleur politique des cantons du Val-de-Marne. On constate que les élus communistes sont très concentrés, et élus exclusivement dans des cantons découpés à partir des villes dirigées par le PCF (Ivry-sur-Seine, Villejuif, Vitry-sur-Seine, Champigny-sur-Marne, Fontenay-sous-Bois...). Le communisme municipal apparait ainsi comme le ressort essentiel de la puissance communiste puisqu'il est devenu la terre d'élection exclusive des conseillers généraux communistes. Le seul "contre-exemple" n'en est en effet pas un puisque le canton du Kremlin-Bicêtre comprend une partie de la ville de Gentilly, dirigée par un maire communiste.
Plus précisément, on peut dire que le conseil général et les mairies communistes s'entre-aident : le département comme les mairies sont les pièces maitresses de la défense du périmètre communiste. Avec 17 élus issus de ses rangs et une majorité de gauche de 31 sièges (sur 49), le PCF conserve au conseil général une marge confortable à la fois par rapport à l'opposition de droite et à ses alliés de gauche. Cette majorité s'est même accrue en 2008 avec la conquête de Fontenay-Est par le PCF et de Villeneuve-le-Roi par le MRC.

On peut apporter une nuance à ce tableau optimiste, puisque le PCF est essentiellement limité au niveau local dans le Val-de-Marne. A la différence des Hauts-de-Seine (3 députés) et de la Seine-Saint-Denis (4 députés), départements où il dispose cependant d'une assise locale moindre, le PCF ne conserve qu'une circonscription dans le Val-de-Marne, celle d'Ivry (représentée par le maire Pierre Gosnat depuis 2007).
Celà est à la fois dû à un découpage défavorable (Champigny par exemple est éclatée entre deux circonscriptions, tout comme Vitry) mais aussi à l'histoire du département. Le PCF n'y a jamais été hégémonique, même pas au sein de la gauche.
La contrepartie de cette situation est que le PCF est très présent dans l'ensemble des circonscriptions du département, ses fiefs étant relativement dispersés. En 2007, il a dépassé le seuil de 5 % des suffrages dans 10 des 12 circonscriptions (157 sur 577 en France) et celui des 10 % dans 4 circonscriptions (54 en France).

Au niveau local, son influence est encore plus présente, comme l'illustre la carte ci-dessous :


Le PCF dépasse 40 % des suffrages dans 5 cantons, 30 % dans 8 autres et 20 % dans 4 derniers. Ces 17 cantons forment le coeur d'une puissance par ailleurs générale, à l'exception de villes bourgeoises comme Saint-Mandé, Charenton, Vincennes et Nogent.
On constate bien sur la carte le "corridor rouge" dessiné par Ivry, Vitry, Villejuif, Choisy et Valenton au Sud de Paris. Plus globalement, cette carte fait apparaitre le lien entre niveau électoral du PCF et présence d'élus (municipaux en particuliers). Dans les villes qu'il a perdues, le niveau électoral du PCF régresse nettement même s'il reste à des niveaux plus élevés que dans le reste du département. Ainsi, à Orly  et à Arcueil (dont les maires sont entrés en dissidence  respectivement en 1989 et 1995), le PCF obtient encore plus de 10 % des suffrages. En revanche, il obtient seulement plus de 5 % à Joinville (perdue en 1983) et n'a pas présenté de candidat à Villeneuve-le-Roi (perdue en 2001), préférant soutenir dès le premier tour le candidat du MRC.
Victime de sa faiblesse nationale, le PCF ne perce pas (ou peu) dans les cantons découpés à partir des villes de gauche qu'il ne dirige pas (Cachan, Alfortville, Créteil, L'Haÿ, Fresnes...). Le cas du Val-de-Marne démontre une nouvelle fois que l'influence locale permet au PCF de se maintenir provisoirement (dans les endroits où il a des élus du moins), mais ne compense pas le déficit de notoriété nationale. La tentative du Front de Gauche aux élections européennes a cependant été un succès dans ce département avec un progrès relativement général des résultats par rapport à 2004 (voir l'article sur les élections européennes).

Enfin, on peut présenter rapidement l'étendue de l'influence municipale du PCF (carte n°3).



Avec 12 maires de villes de plus de 9 000 habitants dont 7 de plus de 30 000 (et 4 de plus de 50 000), le PCF s'affirme comme la force dominante du Val-de-Marne sur le plan municipal. Ses alliés sont d'autre part à la tête de trois villes : Limeil-Brévannes conquise par  le Parti de Gauche en 2008, Arcueil et Orly administrées par les héritiers des maires communistes dissidents des années 1990.
Pour conclure, on peut dire que le Val-de-Marne présente un bel exemple (peut-être le meilleur) de dynamique locale en l'absence de perspectives nationales. La reconquête de Villeneuve-Saint-Georges en 2008 (perdue en 1983) en offre le meilleur exemple. Cette puissance locale reste cependant encore trop dépourvue de débouchés aux élections nationales, malgré un sursaut récent aux européennes de 2009.
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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 21:06
Après le Cher et l'Allier, deux départements à dominante rurale, je vais présenter l'implantation électorale du PCF dans une région principalement industrielle et urbaine, le Gard. Comme pour les deux précédents exemples, le Gard est un département où le communisme français s'implante très tôt en profondeur. Le Gard fait ainsi partie des sept départements envoyant le plus de députés communistes à l'Assemblée lors du Front Populaire. Le PCF s'appuie d'abord sur l'importance de la population ouvrière, et la présence de métiers qualifiés où il bénéficie d'une audience plus forte comme les mineurs dans les Cévennes ou les cheminots à Nîmes.
La Libération renforce l'implantation du PCF dans le, département qui s'urbanise fortement pendant les années 1950. De dominateur le PCF devient progressivement hégémonique, envoyant quatre députés dans les quatre circonscriptions gardoises en 1978. Dans la première circonscription découpée autour de Nîmes, c'est Emile Jourdans maire de la ville depuis 1965 et député depuis 1973 qui est réélu avec 50,58 % des suffrages. La deuxième circonscription englobe la petite Camargue, Bagnols et Vauvert. Moins bien implanté, le PCF y subit la concurrence du PS et le candidat communiste, Bernard Deschamps, ne l'emporte qu'en 1978 avec 51,66 % des voix.
Les deux dernières circonscriptions englobent les Cévennes gardoises et sont découpées autour de la cité minière d'Alès. La troisième est communiste depuis 1962, le député est Roger Roucaute maire de la ville depuis 1959. Sa remplaçante est élue en 1978 avec plus de 57 % des suffrages. Enfin la quatrième circonscription est détenue par Gilbert Millet depuis 1973, réélu en 1978 avec 56,86 % des voix.
La vague rose de 1981 emporte cependant deux des quatres députés communistes. Seuls Emile Jourdan dans la première et Adrienne Horvath dans la troisième se maintiennent jusqu'en 1986 et au passage à la proportionnelle. Le redécoupage de 1988 attribue une circonscription supplémentaire au Gard mais seul Gilbert Millet est élu pour le PCF à Alès-Est. La vague bleue de 1993 emporte le dernier député communiste du Gard, mais le PCF parvient à placer deux nouveaux élus en 1997. Dans la première circonscription Alain Clary qui a réussi à reprendre Nîmes à la droite en 1995 est élu dans le cadre d'une triangulaire avec la droite et le FN. Dans la troisième (Alès-Est) c'est le maire de La Grand-Combe Patrick Malavieille qui est élu. Ils sont tous deux battus en 2002.
Depuis cette date, le communisme gardois est donc restreint au niveau local. Les élections de 1997 avaient déjà révélé l'importance de cette implantation pour le PCF, puisque ses deux députés étaient également des élus locaux. La carte ci-dessous qui présente les résultats du parti aux élections cantonales met bien en évidence les trois zones de force que conserve le PCF dans le Gard.



Le PCF conserve huit conseillers généraux dans le département, essentiellement élus dans les Cévennes et à Alès (Alès-Nord-Est, Alès-Ouest, Barjac, Génolhac, La Grand-Combe, Saint-Ambroix), les seules exceptions étant les cantons de Nîmes-III et de Rhôny-Vidourle, en petite Camargue. Cette région constitue l'une des trois zones de force du PCF dans le département, bien que la moins dense. Concentrée autour d'Aigues-Mortes et de Rhôny-Vidourle, elle est cependant réduite en puissance et en taille par le glissement lent mais durable de cette région vers la droite.
La deuxième zone de force du parti communiste se situe autour de Nîmes. Bien qu'il ait perdu la mairie une première fois en 1983 puis une deuxième en 2001 après avoir repris la ville en 1995, il y conserve de beaux restes. Alain Clary, ancien maire est ainsi conseiller général du canton de Nîmes-III. Le PC dépasse 20 % dans deux des six cantons de la ville et 10 % dans deux autres. Signe de cette vitalité persistante c'est le candidat communiste qui est arrivé en tête des listes de gauche aux élections municipales de 2008, avant d'être assez largement battu au second. La périphérie nord de Nîmes, zone tampon avec le pays minier alésien, offre également une bonne implantation au PC.
C'est cependant dans le nord du département que le PC obtient ses meilleurs résultats. Les Cévennes ont durement été touchées par la désindustrialisation et la fermeture des mines dans les années 1970 et 1980. La Grand-Combe est par exemple la deuxième ville la plus pauvre de France en terme de revenu par habitant. La crise économique n'a pourtant pas éliminé le PC qui obtient plus de 40 % des suffrages exprimés au premier tour des cantonales dans trois des huit cantons de la région et plus de 30 % dans deux autres.
Enfin, au-delà de ces trois zones de force, le PCF conserve une implantation générale plus forte qu'au niveau national. Le PCF passe ainsi la barre des 5 % des voix dans 36 des 46 cantons du département, et celle des 10 % dans 19, lui permettant de continuer à exister dans les négociations avec les autres partis de gauche.
L'influence qu'il conserve aujourd'hui aux élections cantonales n'est cependant plus que le simple héritage, très affaibli, de la puissance qu'il détenait dans les années 1970. A titre indicatif, j'ai recomposé une carte de l'influence communiste aux élections de 1976 et de 1979, le décalage avec son assise électorale des années 2000 est ainsi flagrant.




Enfin, bien que très en retrait sur la période précédente, le PCF conserve une influence municipale non négligeable. Après les élections municipales de 1977, le PCF dirigeait les trois plus grandes villes gardoises. En 2008, il n'en détient plus aucune. Conquise en 1965, Nîmes a été perdue une première fois en 1983. Elle est reconquise par Alain Clary en 1995 dans une quadrangulaire avec deux listes de droite et le Front National, avant d'être reperdue en 2001. Alès est perdue en 1989 au profit d'une alliance des socialistes avec le centre-droit, et n'a jamais été reprise. Enfin, Beaucaire a été perdue en 1983 et le PCF n'y conserve plus qu'une influence résiduelle.
Dans la catégorie des villes de moins de 9 000 habitants, le PC a perdu 4 autres mairies dont deux dans des communes de plus de 5 000 habitants, Aigues-Mortes et Saint-Christol-lès-Alès. Alors que reste-t-il de son influence municipale ? La carte ci-dessous offre un premier élément de réponse.




Le PC conserve la direction de deux villes de plus de 3 500 habitants, Aramon et La Grand-Combe. Surtout, il dirige toujours un important nombre de petites communes, préservant ainsi son influence dans l'ancien bassin minier au nord d'Alès, et dans la périphérie nord de Nîmes. C'est cette influence dans les petites communes qui lui permet de toujours exister au niveau local voire national. Rappelons en effet qu'en 2007 encore le PCF était présent au deuxième tour dans deux circonscriptions, celles de Nîmes et d'Alès, où le poids de ses élus locaux le préserve  provisoirement de la disparition.
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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 16:24

Le Cher est un autre département, avec l'Allier, où le PCF a su conserver une implantation locale forte. Dès les années 1920, le Cher fait partie des territoires où le PCF rencontre le plus de succès. Le parti communiste reprend à son compte une longue tradition de gauche de ce département d'abord républicain puis socialiste. Il s'appuie à la fois sur un vote rural "rouge" et sur un vote ouvrier révolutionnaire concentré dans les grandes villes du département. C'est notamment le cas de la ville de Vierzon conquise par le PC dès sa création par la fusion de quatre communes en 1937.
L'influence communiste s'exerce ici, à la différence de l'Allier, à tous les échelons de la vie politique. Au plan national, le premier député communiste sous la V° République est élu en 1967 dans la circonscription de Saint-Amand-Montron, mais il est battu dès 1968. Jacques Rimbaud, alors maire de Bourges, est par la suite élu en 1981 dans la circonscription de Bourges et réélu à la proportionnelle en 1986. Le redécoupage de 1988 déplace la circonscription du député communiste puisqu'elle n'est plus centrée sur Bourges mais sur Vierzon. Réélu en 1988, il perd son siège lors de la vague bleue de 1993. L'absence de député communiste ne dure cependant pas puisque Jean-Claude Sandrier est élu dès 1997 dans cette même deuxième circonscription autour de Vierzon. Il est réélu en 2002 et en 2007 avec plus de 57 % des voix au deuxième tour. La carte ci-dessous permet de visualiser la circonscription communiste.


Au niveau du département, le PCF dispose d'une densité d'implantation très variable. 7 conseillers généraux sont issus de ses rangs à Bourges 1, Chârost, Graçay, Les Aix-d'Anguillon, Sancergues, Vierzon 1 et 2. Dans quatre de ces cantons il dépasse les 40 % des exprimés au premier tour (à Bourges 1, Graçay, Les Aix-d'Anguillon et Sancergues), ainsi qu'à Bourges 2 bien qu'il ne détienne pas ce canton. Il conserve ainsi une influence forte dans des espaces urbains (Bourges et Vierzon), comme dans des cantons plus ruraux. Il dépasse 30 % des exprimés au premier tour dans trois cantons, et 20 % quatre autres.
Si le PCF dispose de zones de force importantes et vivaces, il est paradoxalement en situation de grande faiblesse dans une grande partie du département. Il ne dépasse pas 5 % des exprimés au premier tour dans onze cantons sur trente-cinq. Il est ainsi quasiment absent de la vallée de la Sauldre dans le nord du département et de la campagne au sud de Saint-Amand-Montron. Au contraire, les cantons de l'Ouest du Cher, entre Bourges et Vierzon, et les contreforts du massif central dans le Sancerrois, constituent le coeur de sa zone de force. Longtemps dominant au conseil général, le PCF a été récemment dépassé par un PS en pleine montée en puissance qui, avec neuf élus, a obtennu la présidence du conseil en 2004 au détriment de l'UMP, toujours première force politique du département avec 10 conseillers.


C'est cependant l'échelon municipal qui a vu la plus forte remontée du PCF. Dominant dans les années 1970, le parti communiste dirigeait alors Vierzon depuis 1959 (la ville avait été perdue en 1947) et Bourges depuis 1977. Il perd cependant ses deux mairies après le départ de leurs maires historiques, Vierzon en 1990 après le départ de Fernand Micouraud et Bourges en 1995 après le décès de Jacques Rimbaut en 1993.
Eliminé de l'échelon municipal pendant plus de dix ans, le PCF effectue un retour en force en 2008. Il gagne en effet Vierzon au premier tour avec plus de 57 % des exprimés. Cette victoire voit l'émergence d'une génération de jeunes élus autour du nouveau maire et conseiller général de 41 ans, Nicolas Sansu. Elle laisse espérer un renouvellement possible du député Jean-Claude Sandrier en 2012, qui sera alors âgé de 67 ans.
Le PCF a en revanche assez nettement décliné à Bourges au profit du PS. Il n'a pas réussi à reprendre la ville en 2001 et a du laisser la tête de liste à son concurrent de gauche en 2008. Celui-ci détient désormais trois des cinq cantons de la ville contre un seul au PC et un à l'UMP. Les effets de la vague rose qui ont bouleversé le paysage municipal au niveau national n'ont cependant pas affecté Bourges où le maire UMP Serge Lepeltier est réélu au premier tour.
Le PCF est enfin à la tête de deux villes de 5000 habitants, Saint-Germain-du-Puy une banlieue de Bourges qu'il détient depuis 1977, et Saint-Florent-sur-Cher, un bourg rural conquis en 2008. Il conserve enfin la gestion d'un certain nombre de villages dans la région de Vierzon, appuyant son implantation locale dans la deuxième circonscription sur un réseau d'élus encore dense. Cette région apparaît même de plus en plus comme le dernier bastion berrichon du parti au niveau communal.

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 14:32

Le département de l'Allier est l'un des deux derniers départements métropolitains, avec le Val-de-Marne, à être présidé par un communiste. Le président du conseil général est ainsi Jean-Paul Dufregne depuis mars 2008. Cette victoire, a rebours de l'histoire récente du PCF, est en fait une réédition de la conquête de 1998 qui avait vu le communiste Jean-Claude Mairal présider le conseil général jusqu'en 2001, date à laquelle il avait été battu par l'union républicaine du bourbonnais (majorité UMP et divers droite).
Le premier élément que l'on doit noter est que cette domination communiste ne s'exerce plus qu'au niveau local. Le parti comptait deux députés après le découpage de 1988 dans la deuxième circonscription autour de Montluçon et dans la troisième dans les campagnes du centre du département. Les deux dernières revenaient alors au PS. Le PCF a perdu une première fois ses deux députés après la vague bleue en 1993, mais il regagne ses deux sièges en 1997. Son influence décroit cependant aux élections législatives et il perd en 2002 la troisième circonscription au profit du PS. Plus urbaine, la deuxième est elle aussi perdue en 2007, toujours au profit du PS. Ces deux défaites ont eu lieu après le retrait du député sortant, André Lajoinie en 2002 dans la troisième et Pierre Goldberg, ancien maire de Montluçon, dans la deuxième.

Ainsi, depuis 2007, le communisme bourbonnais n'a plus de représentation à l'Assemblée Nationale, ce qui n'était plus arrivé depuis 1993. Le PS, toujours minoritaire aux élections locales, a ainsi su s'imposer face aux notables communistes. Le PCF a cependant gagné un siège de sénateur aux élections de 2008, signe de la vitalité et de la résistance de son implantation locale, dans les mairies et au conseil général.


Sur la carte ci-dessus (carte n°1), les mairies communistes sont indiquées en orange (village de moins de 3 500 habitants) et en rouge (villes de plus de 3 500 habitants). On peut clairement constater que le PC conserve une assise rurale forte dans les campagnes rouges du bourbonnais. Très tôt acquises au socialisme et au syndicalisme, elles passent au communisme entre 1936 (Front Populaire) et 1945 (Libération). Elles ne l'ont jamais vraiment abandonné depuis.
Au contraire, l'implantation urbaine du PCF a très largement décrue depuis les années 1980. Il est désormais marginalisé à Vichy (moins de 5 % des suffrages aux élections cantonales) et Moulins (entre 10 % et 15 % des voix aux élections cantonales). Surtout, il a perdu en 2001 la ville ouvrière de Montluçon qu'il détenait depuis 1977 et a échoué à la reprendre en 2008. Plus lourd de conséquences, il est désormais devancé par le PS dans tous les cantons de la ville, ce qui a été confirmé lors des dernières municipales. Enfin, il a perdu Domérat en 2008, une banlieue de Montluçon.
Le PCF ne conserve plus une influence importante que dans les banlieues des agglomérations (Cusset, dans la banlieue de Vichy, conquise en 2001 et Désertines dans la banlieue de Montluçon) et dans les bourgs ruraux (Varennes-sur-Allier).
La seconde carte ci-après représente les résultats du PCF au premier tour des élections cantonales de 2004 et de 2008 (les cantons sont en effet renouvelés par moitié), disponibles sur le site du ministère de l'intérieur. On retiendra ces résultats comme base pour analyser la géographie du vote communiste. Il reste à mentionner que les fonds de cartes ont été utilisés à partir du site internet http://www.atlaspol.com.
Le PCF détient actuellement neuf cantons dans l'Allier : Bourbon-l'Archambault, Chevagnes, Cusset-Nord, Ebreuil, Hérisson, Huriel, Le Montet, Lurcy-Lévis et Souvigny.



Les résultats présentés par la carte n°2 montrent bien la géographie départementale du PCF. Il obtient ses meilleurs résultats dans les campagnes rouges du centre du départment (Bourbon-l'Archambault, Souvigny), au coeur du bocage bourbonnais. Plus largement, l'ouest du département de l'agglomération montluçonaise à Moulins au Nord et Ebreuil au Sud constitue la zone de force du PCF. C'est d'ailleurs dans cette partie du département que le PC compte la plupart de ses élus (7 conseillers généraux sur neuf, à l'exception de Chevagne et Cusset-Nord). Il n'y obtient moins de 20 % des suffrages qu'à Commentry. A contrario, le PCF est moins implanté dans les petites montagnes du sud ouest du département, dont le comportement électoral est proche du
Puy-de-Dôme voisin.
Il faut cependant distinguer entre le déclin urbain du PC et la résistance de son implantation rurale. Ainsi, depuis 2004, le PCF a conquis trois cantons ruraux (Chevagnes, Le Montet, Lurcy-Lévis) et n'en a perdu aucun. A l'inverse, il a perdu six cantons à dominante urbaine (Montluçon Est, Nord-Est, Nord-Ouest, Ouest et Sud, ainsi que Moulins-Sud) mais n'en a repris aucun. Il est en particulier de plus en plus concurrencé par le PS qui le dépasse dans les villes (conquête de Montluçon Ouest et Nord-Ouest) mais reste dominé dans les campagnes.
Enfin, il faut noter que le PC n'occupe qu'une position très minoritaire dans l'est du département. S'il y détient quelques zones de force, en particulier Chevagne et dans une moindre mesure la ville de Cusset, il est globalement dépassé par une droite très présente (Saint-Pourçain-sur-Sioule, Varennes-sur-Allier, Escurolles, Gannat, Chantelle, les deux cantons de Vichy) et un PS en pleine progression (à Moulins, Yzeure, Le Donjon, Dompierre et Jaligny). Les radicaux conservent également une certaine influence, portés par le député Gérard Charasse. Ils détiennent ainsi Lapalisse et Cusset-Sud.

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