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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 16:12
Alors que l'union entre le PCF et le NPA en vue des régionales s'éloigne chaque jour un peu plus, on est en droit de s'interroger sur la nature des rapports entre les deux partis : future alliance, rivalité ou affrontement ? Malgré l'entremise du Parti de Gauche, les communistes et les proches d'Olivier Besancenot ne parviennent pas à s'entendre. Ce désaccord persistant trouve sa source immédiate dans les projets politiques des deux partis. Les communistes acceptent l'idée de participer à des gouvernements (locaux aujourd'hui) avec le reste de la gauche, le NPA non.

Il trouve aussi ses racines dans un anatagonisme plus profond. Le NPA se perçoit de plus en plus comme le parti dominant à gauche du PS, malgré son échec des élections européennes (son premier test électoral). Cette opinion ne peut évidemment être partagée au PCF qui, en terme d'élus et d'audience électorale (à l'exception de la présidentielle de 2007) pèse plus que son concurrent trotskyste.
Surtout, le déclin électoral et militant du PCF a laissé un espace vacant à gauche, et l'ambition de la création du NPA (qui a remplacé la LCR en février 2009) était de le combler. Plus que des partenaires, les deux partis sont donc des concurrents directs. Cette analyse est confirmée si l'on regarde les résultats des deux partis aux élections européennes de juin.

Le PCF, partie prenante du Front de Gauche, avait alors obtenu un succès d'abord en progressant par rapport à ses résultats précédents (6,5 % contre 5,8 % en 2004), ensuite en dépassant le NPA (mis en échec avec seulement 4,9 % des suffrages). L'analyse détaillée des résultats confirme que les deux partis sont plus concurrents que partenaires.
Le NPA a ainsi obtennu ses meilleurs résultats dans les circonscriptions Nord-Ouest (la seule où le Front de Gauche a obtennu moins en 2009 que le PCF en 2004) et Est (le plus mauvais résultat national du Front de Gauche). Au contraire il obtient de très faibles résultats en Ile-de-France et dans le Sud-Ouest, où le PCF dispose encore de bastions importants.

Les deux cartes ci-dessous permettent d'affiner l'analyse. La première représente les résultats du NPA, la seconde ceux du Front de Gauche aux élections européennes de 2009. L'échelle n'est pas la même, la différence des résultats rendant peu significative dans le cas du NPA celle que j'utilise habituellement pour les analyses détaillées.



Résultats du NPA aux élections européennes de 2009




Résultats du Front de Gauche aux élections européennes de 2009


Je ne reviendrai pas sur les différences de résultats en terme quantitatifs mais j'essaierai de m'intéresser à la répartition respective de l'électorat sur le territoire. Je l'ai déjà précisé pour le Front de Gauche (voir le billet sur les élections européennes), la répartition de son électorat reprend la géographie classique du PCF autour du nord minier et ouvrier, de la région parisienne, des pourtours occidentaux et septentrionaux du massif central et du bassin méditerranéen. La géographie connait juste un léger recentrage sur la moitié sud de la France, en particulier sur son quart sud-ouest.
Le NPA au contraire se localise en priorité dans les anciens bassins industriels de l'Est de la France, où le PCF a connu un déclin précoce (dès les années 1980). 4 des 6 départements où il obtient plus de 7 % s'y trouvent, ainsi que 5 des 18 départements où il obtient plus de 6 %. On peut donc associer son succès en Lorraine, en Franche-Comté et dans une moindre mesure en Champagne-Ardennes à la présence d'une population fragilisée et paupérisée par les fermetures industrielles. Cette population rejette d'autre part globalement les partis de gauche classiques depuis l'abandon de la sidérurgie par les gouvernements de François Mitterand en 1984-1986, rejet qui associe le PCF.
En substance, le NPA reprend à son compte le vote protestataire qui avait servi à l'ascension du FN dans les années 1980 et surtout 1990.
Le succès du NPA dans les anciens bassins industriels explique aussi son résultat relativement bon dans la basse vallée de la Seine et en Picardie. La Somme, où le NPA obtient un de ses meilleurs résultats nationaux, est un des 12 départements où le PCF a régréssé en 2009. Au contraire, il ne perce pas dans l'ancien bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais où l'implantation communiste reste forte. Dans le Nord et l'Est de la France, les meilleurs résultats du NPA s'expliquent donc par un recul (ancien ou récent) du PCF, qui ne parvient plus à représenter les colères d'une partie de la classe ouvrière désormais radicalisée. NPA et PCF sont donc directement en concurrence dans ces régions.

Ils le sont également sur le reste du territoire. De manière générale, on remarque que là où le Front de Gauche est bien implanté, le NPA ne parvient pas à s'imposer (région parisienne, pourtour méditerranéen, sud-ouest, sud-est), ou du moins ne parvient pas à dépasser de manière significative la seule audience que lui a assuré la popularité d'Olivier Besancenot.

Si on laisse de côté la Corse (l'analyse du vote y est sujette à caution compte tenu de la forte abstention qui y a régné en juin 2009), le NPA connait d'autres bons résultats relatifs dans le massif central. Encore une fois, il entre en concurrence avec le PCF, mais cette fois dans un espace où les communistes conservent une très forte assise locale. Il est parvenu à émerger dans plusieurs départements présentant des situations variées.
Il obtient son meilleur résultat national dans la Creuse (8,8 %), département où le PCF obtient son plus mauvais résultat de la région Limousin. En Haute-Vienne, son succès relatif n'empêche pas le PCF d'obtenir plus de 10 % des voix et un de ses meilleurs résultats nationaux. La Dordogne où le NPA obtient un bon résultat est l'un des 12 départements où le PCF recule par rapport à 2004.
Enfin, le NPA obtient des bons résultats dans le Lot, le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, départements où le PCF est moyennement implanté, alors qu'il est marginalisé dans l'Allier et le Cher, zones de force par excellence du PCF.


Ainsi, on a pu constater que le NPA et le PCF étaient globalement en concurrence pour un électorat proche. Le parti anticapitaliste émerge là où le PCF est le plus affaibli, et n'obtient qu'une audience de sympathie (autour ou moins de 5 %) là où il est présent (à l'exception d'un grand ouest où les deux partis sont faiblement implantés). En concurrence pour un même électorat, il parait donc logique que l'antagonisme profond entre les deux partis se traduise également par une incapacité récurrente à s'allier : depuis la campagne commune du NON en 2005, PCF et NPA ont essayé de s'allier mais n'ont pu y parvenir lors des élections présidentielles de 2007 et européennes de 2009.
Les deux partis semblent donc dans une situation ou l'alliance est impossible et la concurrence une réalité de fait, rendant peu probable une union de la gauche du PS à court terme (ce qui s'est confirmé dans les blocages récents pour les régionales).
Au-delà des blocages sur l'attitude par rapport au pouvoir (qui n'est pas un des moindres désaccords de fonds entre les deux sensibilités anticapitaliste et communiste), les deux partis semblent devoir rester dans une concurrence durable pour la conquête d'un électorat qui partage en fait un passé et des attentes communes.
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